Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste

lundi 2 juin 2008

Partager à distance le côté noir du chemin

Nouvelles de Lorraine.
Belles rencontres aujourd'hui. Tahar le vieil ouvrier arabe habite 6 mètres carrés dans un foyer où s'entasse toute la misère du monde, demandeurs d'asile, africains, kosovars, tchétchènes, de pauvres simples d'esprit français que la Dass n'a pas su placer ailleurs; Tout ce monde se tient par la main, le Kosovar camionneur arrive avec une petite gamine de trois quatre ans, joliment noire et qui est avec lui comme avec un oncle (c'est la petite d'une réfugiée voisine) Tout ça dans ce lieu de merde vivant et à mourir où étaient entassés jusque là exclusivement des travailleurs puis retraités arabes. Le monde change à une allure vertigineuse et les vieux 'Arbis n'y comprennent rien alors ils se mettent à l'écart, fin de vie.... mais le vieil Arabe, je l'ai vu ensuite, tiré à quatre épingles, on aurait cru de loin un zazou des années cinquante, il était à côté de sa BMV collector (le bobo la lui achèterait à je ne sais quel prix). La rencontre est émouvante. Un "monsieur" digne, pas de chiqué, et puis il y a la langue; comme je parle arabe, ça enlève tout de suite l'écorce.... il raconte le chemin pour aller à l'usine où on l'employait, dix kilomètres l'aller, dix le retour, le long de la rivière Orne, la neige quand c'est l'hiver, de la neige jusqu'aux genoux... il raconte la Poclain qui lui a défoncé la tête, jamais déclaré accident du travail... un beau personnage toujours vivant.
Il reste ici en plus de belles personnes, des lieux étranges et vraiment beaux, une entrée de mine, il n'y a plus de mine mais des bancs en pierre, la forêt à touche touche, des wagonnets à minerais posés ça et là, la salle des pendus, le bâtiment dévasté de l'ascenseur qui emmenait au fond, trois réverbères bizarrement debout et collés l'un à l'autre et dans cet endroit ouvert, un beau silence. C'est quand même un peu la Vallée des Rois tout ça.
Chaque chose en cache une autre, enfouie et c'est toute une histoire à ramener au jour...

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