Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste

vendredi 10 septembre 2010

"Nous essayons en tant qu'ouvriers du rêve de dire le corps de l'âme des hommes avec des mots des sons, des gestes, du silence." Sony Labou Tansi

Dans Le Chemin noir, Abdallah Badis utilise la puissance du saxo et la voix rocailleuse d'Archie Shepp qui font résonner cette transcendance de la défaillance des corps. Les corps du Chemin noir, ce sont ceux des manœuvres algériens de la sidérurgie dont le réalisateur est issu, ceux de ces retraités qui regardent leur reste de vie passer, se demandant où ils seront enterrés. Le réalisateur a passé 25 jours à l'arrière de leur foyer, où ils passent leur temps ! Car leur parole n'est pas immédiate. Mais quand elle fuse, dans une impressionnante maturité et clarté, ce sont des moments de grâce comme nous en offre rarement le cinéma ! Le prétexte du contact était la réparation d'une 404 Peugeot, qui donne sa cohérence au film. Car la mémoire est un long geste de réparation, alors même que la relation entre la France et l'Algérie reste très déchirée. Mais sur quoi appuyer cette mémoire alors que les usines sont en ruines ou ont disparu, remplacées par un parc d'attraction ? Attentif mais impassible comme un Elia Suleiman, Abdallah Badis illustre avec Archie Shepp sa mélancolie sans jamais tomber dans la nostalgie. Sa présence à l'écran et la multiplication d'artifices de distanciation lui permettent de ne pas s'enfermer dans la perte de ce qui n'est plus là, mais d'en construire un présent qui pose la question angoissée de l'avenir. Son film très écrit a pourtant l'ouverture d'un jazz improvisé : ses dispositifs poétiques sont là pour capter ce qui veut bien rentrer dedans, et quand ça fonctionne, c'est de l'or en barre ! Car c'est en se lâchant ainsi qu'on lâche ce qui bloque dans le passé, que la conscience de la perte et de la mort met la vie en perspective.
     

Olivier Barlet
(source Africultures: cliquez ici)

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