Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste

mardi 6 juin 2006

Terre de bidonvilles

« Un Nanterre algérien, terre de bidonvilles » ( éditions Autrement ) est un essai ayant pour thématique la naissance et l’existence des bidonvilles à Nanterre dans les années 1950-1960. L’ouvrage s’intéresse particulièrement au bidonville du « Petit-Nanterre », aujourd’hui disparu, mais anciennement situé au nord-est de la commune, à proximité de l’actuelle faculté.
L’auteur, Abdelmalek Sayad, est un sociologue franco-algérien, spécialiste de l’immigration. Il fut directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, ainsi qu’assistant de Pierre Bourdieu.
Les bidonvilles de Nanterre eurent pour spécificité d’être peuplés majoritairement par des immigrés originaires d’Algérie, travailleurs isolés dans un premier temps et familles entières par la suite. Ces bidonvilles, leurs importances ainsi que leurs types de population ont durablement marqué l’image de Nanterre dans les esprits. Abdelmalek Sayad revient sur cette période, aujourd’hui effacée du paysage urbain, mais non des mémoires, et tente d’en expliquer les causes : il appuie son discours par des entretiens réalisés auprès d’anciens habitants des lieux. Sayad utilise, également, des données topographiques et démographiques pour illustrer ces propos. Un corpus photographique ainsi qu’un plan de Nanterre, indiquant l’emplacement des bidonvilles de l’époque, viennent étayer le texte.
A Nanterre, l’immigration en provenance d’Afrique du Nord a débuté avant la seconde guerre mondiale. Déjà dans l’entre-deux-guerres, des usines de Nanterre avaient recours à de la main d’œuvre qu’elles faisaient venir des pays du Maghreb. Il s’agissait alors d’hommes isolés venus travailler en France sans leurs familles. Après la seconde guerre mondiale, le phénomène s’accélère, le nombre de travailleurs isolés augmente rapidement. Pour se loger, ces derniers ont recours aux « cafés-hôtels » : cafés détenus par des immigrés plus anciennement installés. Ces derniers tiennent aussi bien lieu de dortoirs collectifs que de cantines du soir. Les travailleurs émigrés y louent un lit bien souvent occupé par un autre dès qu’ils partent au travail. Les travailleurs de nuit occupant les lits des travailleurs de jour.
La demande en matière de logement est tellement importante que les lieux deviennent vite suroccupés et insalubres. Pour répondre à la demande, les tenanciers des « cafés-hôtels », véritables marchands de sommeil, en viennent à construire des baraques sur des terrains vagues attenant à leurs commerces. Il faut voir dans cette entreprise l’acte constitutif du bidonville : un tenancier de café-hôtel construit une baraque (pour la louer) d’abord discrète, puis une deuxième, un peu moins discrète, et ainsi de suite. Le bidonville se construit à partir de là :
Le bidonville ne se crée pas, un jour, à une date précise ; il ne s’inaugure pas. Il est une création continue. Ce n’est que lorsque les baraques, les unes après les autres, ont formé le bidonville que l’on prend conscience qu’elles ont été construites progressivement, l’une à côté de l’autre.


Les années 1950-1960 sont marquées, notamment en région parisienne, par une forte crise du logement. Les travailleurs les plus pauvres sont dans l’incapacité d’accéder à un logement « normal ». C’est ainsi que se développent les solutions alternatives que représentent les « cafés-hôtels » et les locations de baraques. Les regroupements de personnes ne sont pas le fruit du hasard, ces derniers s’opèrent à travers des réseaux familiaux ou de proximité (même village ou région d’origine en Algérie).
La guerre d’Algérie va précipiter l’émigration des familles des travailleurs isolés en France. Face aux dangers de la situation, de nombreuses familles font le choix d’envoyer les femmes et les enfants retrouver leurs maris et leurs pères. Du jour au lendemain, des travailleurs algériens isolés qui ne rentraient en Algérie que un ou deux mois par an, se retrouvent, en France, avec femme et enfants. Beaucoup découvrent ainsi leurs rôles de chef de famille.

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