Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste
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jeudi 3 mai 2012

mercredi 2 mai 2012

Paroles (d'in) visibles

L'estuaire- Saint Nazaire





jeudi 17 mars 2011

projection à la Columbia University New York. critique

extrait traduit "...Badis est retourné dans la région ouvrière à la recherche de l'enfant qu'il était. Il y a trouvé des hommes pris entre deux histoires, celle de leurs origines algériennes et celle de leur travail dans les usines, maintenant disparues; on a le sentiment de marcher sur une terre où des hommes vivent côte à côte avec des fantômes..." Paul Ben Itzac in Danse Insider Mag New York

lundi 22 novembre 2010

La vie en friche.

Le commandant Cousteau filmait naguère le « monde du silence ». A base de poisson et autres cétacés. Abdallah Badis filme un autre monde du silence. Avec des êtres humains, qui ruminent le temps passé des hauts fourneaux, leur gloire passée dans le dur labeur. « Une vie française" marque par son silence. La caméra voyage, doucement elle s’insinue. Ce documentaire serein, éloigné du tapage médiatique, n’est pas un tract politique. Pas de revendications, et Dieu sait pourtant qu’il y en aurait ! Le message est d’autant plus fort. C’est de la Politique.[lire la suite]

samedi 16 janvier 2010

"Une vie française."

C'est le titre du film de moyen métrage d'une durée de 56 minutes, que nous venons de finaliser à partir d' images filmées en Lorraine et dans le Limousin.



Synopsis :
La vie paisible d’un homme d’origine algérienne qui a grandi et vit en France, est bouleversée par un appel d’Algérie : on l’attend là-bas, sa mère, son père, les autres aussi. Cet appel le ramène à la Lorraine industrielle de son enfance, région sinistrée où il exhume la vie des travailleurs immigrés de la sidérurgie et de quelques fantômes qui les accompagnent. La remontée dans le temps s'apparente à une descente aux enfers tant la mort est à l'ouvrage...








Ce film a été monté et mixé dans les studios de France Télévision pôle RFO et sera diffusé sur France Ô bientôt.

France Ô est diffusé sur les réseaux câblés; à vos magnétoscopes, et si vous n'avez pas le câble, il y a bien un de vos amis qui l'a et pourra enregistrer "Une vie française" pour vous.

jeudi 5 juin 2008

Des personnages

Les repérages dans les vallées ouvrières m’ont fait rencontrer des personnages potentiels. Un lien s’est noué avec eux et je sais que je peux compter sur leur présence dans le film. Néanmoins le film restera ouvert à l’imprévu et aux autres rencontres qu’offrira le présent du tournage.


M’Hamed dit « Momo » est né en 1963. Quand son père adoptif, ouvrier aux chemins de fer de l’usine est venu en Algérie pour chercher sa femme et son fils Momo en 1970, le fils ne se souvenait pas avoir jamais vu le visage de cet autre père. Aujourd’hui Momo, habite une banlieue cité de l’agglomération messine. Il vit de mille et un petits boulots et s’occupe aussi de groupes de jeunes dans les quartiers. Fan de mécanique, il chine et vend dans toutes les foires et vides greniers. On le connaît dans toute la région pour les dépannages et coups de main qu’il a pu donner.
Rencontré dès les premiers repérages, j’ai trouvé en lui comme un alter ego, celui que j’aurais pu être si je n’avais quitté les vallées ouvrières, si je n’avais eu la « chance » d’échapper au destin tout tracé des fils d’Arabes. Pour Momo, cette rencontre est également bienvenue, ses préoccupations dans le moment se trouvent être proches des miennes: une histoire de père, de vieux père. Tous deux, nous sommes de la « première génération et demie ». Je découvre en lui un « frère » de traversée. Les vieux Arabes que nous avons rencontrés ensemble tantôt ont connu mon père, tantôt le sien et si Momo s’est tout de suite reconnu dans cette histoire, c’est qu’elle lui permet, lui aussi de faire sa quête.
« j’étais allé en Algérie en 1990 à la mort de mon vrai père, c’était la première fois que j’y retournais. J’ai débarqué à Oran et puis on est allé jusqu’à mon bled, Tiaret à deux cents Kilomètres plus au sud. Quand le taxi nous a déposés, je croyais être arrivé, mais il restait presque une heure à pied dans la caillasse. On nous attendait. C’était triste mais pas plus que ça. Une « chibaniya » m’a pris contre elle et elle m’a caressé longtemps la tête. On m’a dit que c’était ma grand-mère. J’ai demandé « et ma mère, elle est où ? » on m’a dit que c’était cette femme que je venais de voir courir derrière un bouc échappé. Elle l’avait rattrapé et renversé sur le sol. C’était ma mère, ma vraie mère, cette femme-là ! Tu sais, je ne comprenais pas pourquoi j’avais été adopté. On m’a dit « va parler à ton père », j’y suis allé… au cimetière, sur sa tombe et tu me croiras pas mais je te jure, il m’a répondu.
En Algérie, on ne dit pas adoption, on dit le « don », ça change tout. J’étais un don fait à des proches, ma tante paternelle et son mari « Moustache » qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. J’ai 43 ans et j’ai l’impression que je ne sais rien. Maintenant c’est lui…Moustache, mon autre père, qui va disparaître … Il veut être enterré au bled. Comment on fait dans ces cas-là? Comment ça s’organise? Qui organise? Il va falloir que je l’accompagne jusque là-bas. Je ne sais pas si je le pourrai… et pourtant il le faut … et ma mère et mon fiston, qui va s’en occuper ici ? »

Mohamed. « L’enfant devenu boxeur » a la soixantaine. Belle voix grave. Boxeur, champion de Lorraine puis de France amateur, professionnel en 1969, il est arrivé en France en 1957 à l’âge de treize ans. Il y rejoignait son père. Il y eut une rafle sur le chantier où travaillait celui-ci, c’était la guerre d’Algérie. Le jeune Mohamed fut accueilli par des amis de son père qui lui trouvèrent où habiter et un boulot. Il fut très vite embauché au casse fonte manuel de l’usine. Il tient aujourd’hui un café restaurant. Mohamed boxait dans la catégorie Poids Lourds. Il a un visage léonin et une belle parole de père.
« … tu sais, je suis arrivé en France à 17 ans, je devais retrouver mon père à la sortie de l’usine mais il venait d’être raflé; on était en 60, c’était la guerre. Celui qui m’a recueilli chez lui, c’était un gars qui s’appelait Hammiche, un champion de boxe. Il tenait la salle de Joeuf. C’est lui qui m’a appris le combat. Il a été comme un père pour moi…
J’ai travaillé dans les hauts-fourneaux que tu vois là. Maintenant, c’est de la ferraille, ça tourne plus ici. Quand c’était jour de paie, les routes d’accès à la vallée étaient bloquées. Nous, on le savait, on ne s’approchait pas, on était des Algériens... Il y avait des dizaines de fourgons de police. L’argent arrivait en liquide. Des camionnettes à la queue leu leu, pleines. On attendait que ça se calme et, parfois le lendemain seulement, on venait prendre notre enveloppe. Le plus souvent, c’est le chef d’équipe qui nous l’amenait sur le chantier »

Tahar « le vieil oublié » est âgé de 73 ans. Il a travaillé au « train-parc » à l’entretien du réseau ferré de l’usine. Il vit au foyer Sonacotra. Il aurait une famille et des enfants en Algérie qu’il n’a pas revus depuis des décennies.
« Les lits dans les wagons du train parc, c’était pratique… On dort sur le lieu de travail, on mange sur place dans la cantine ambulante. Quand il n’y avait plus de travail, on s’arrangeait avec les copains pour rester dormir. Souvent on faisait le roulement dans le même lit. Tout le monde le savait, les chefs aussi… Et le patron, ça ne pouvait que l’arranger ; quand il y avait à nouveau du travail, on était sur place alors personne ne disait rien. Dans l’année, il y avait parfois quatre mois, cinq mois sans rien gagner ! Et pas de chômage, c’était comme l’intérim mais sans les allocations. Y’a du boulot, tu travailles, et quand y’a pas de boulot, heureusement y’a les cousins. »


N’Chibi « L’ouvrier musicien », 59 ans, de nationalité marocaine est arrivé en 1967. Jeune, il jouait au foot comme gardien dans différentes équipes par service de l’usine où il travaillait au concassage. Il a pris sa retraite il y a peu et depuis une fois par semaine, il va en dialyse. Ablation d’un rein. « je ne suis pas le seul, d’autres c’est les poumons ou alors c’est invisible, ils dépérissent tout d’un coup. On ne sait pas de quoi on est malade ». Chanteur, il a monté un orchestre de mariages et fêtes qui a tourné dans toute la région. N’Chibi parle de ses rêves de footballeur, Il évoque son amitié avec Mohamed le boxeur, tous deux se sont connus jeunes et ont habité les mêmes foyers, c’était du temps avant que lui-même se marie.
« Quand une chanteuse se produisait avec son groupe dans un des cafés arabes, des voitures venaient de toute la vallée, chargées d’ouvriers algériens. C’était plein à craquer, une fête. Je me souviens de quelqu’un d’Hagondange, de là où tu as grandi, ton père devait le connaître. C’était un bel homme toujours propre, on disait le zazou. Il était encore jeune et il avait une 404 presque neuve. Il était timide mais il savait résister aux filles, il n’allait pas avec elles, un homme sérieux… Comment s’appelait-il ? Il est mort à l’usine, meskine ! (Le pauvre). Au bled on a enterré une barre de fer; il était fondu dedans."

Hamama est née en Algérie et entrée en classe maternelle en France en 1967.
« Mon père m’a dit qu’il y avait une baraque ici, une sorte de grange en tôle. Les ouvriers y dormaient en roulement. Un jour, elle a brûlé. Et puis, il y avait des chambres au dessus des cafés. Des cafés, il y en avait plein l’avenue. Mais mon père ne veut pas tout me raconter. Il y a une sorte de pudeur ; la conversation est limitée surtout quand il est question de ça. Il n'ose pas me dire qu'il vivait pratiquement là, dans les cafés. Mais moi je me souviens qu'il rentrait au petit matin. J'ai vu une fois mon père ivre quand j’étais gamine. J’ai demandé à ma mère qui lui enlevait ses chaussures, pourquoi il était dans cet état. Je me souviens encore de la honte qui apparaissait sur le visage de mon père. Ma mère ne m'a pas dit qu'il était ivre. Elle riait. Et moi, je ne le reconnaissais pas. Aujourd’hui, il vieillit… Je ne l’ai pas connu. »

Rabah , « le retraité séduisant ». À soixante-dix ans passés, il est encore bien alerte. Il est arrivé avant 1950 en France et a travaillé comme accrocheur à l’usine. Il a fait de la boxe étant jeune. Il vit avec sa femme à Homécourt. Il retourne régulièrement en Algérie. Il est un habitué du Sonacotra où il connaît tout le monde.
« J’ai été à l’école à Alger quand j’étais jeune. Je connaissais tout de la France, les départements, les préfectures, les sous-préfectures. Quand j’ai voulu venir, je me suis débrouillé. Le bureau de la Main d’Oeuvre Coloniale ne voulait pas de moi: j’étais d’Alger, je savais écrire alors qu’eux, ils ne prenaient que des bergers descendu du douar. Je me suis débrouillé. À Marseille, j’étais camionneur et docker, hébergé par les cousins; puis je suis venu en Moselle, il y avait du travail. Et c’est ici que j’ai fait ma vie : marié, onze enfants. Mais je dis à ma femme : « au foyer, les autres ont besoin de moi. Quarante ans en France et ils ne savent toujours pas parler, lire, écrire; ils ont besoin de moi. »

Si Amar « le retraité bon père ». Rabah et Si Amar sont cousins. Habillé de vêtements modestes, mais impeccablement mis, portant une toque brune en astrakan, Si Amar est un septuagénaire très digne. Il a quitté la Kabylie en 1951. Son frère qui était déjà en France avait préparé son émigration à l’insu des parents. Si Amar est arrivé d’abord dans le Nord puis il s’est fait embaucher dans la sidérurgie lorraine. En 1961 il rencontre en France la femme qu’il épousera et avec laquelle il aura sept filles et deux garçons. Pendant près de trente ans, il n’est pas retourné en Algérie. Il vient d’y passer plusieurs mois. Comment se sont passées ces retrouvailles ? Si Amar aurait sûrement du plaisir à les raconter… mais pourquoi une si longue absence ?
« Quand je suis arrivé en France, là où tu vois le camp des Gitans, il y avait des baraques, dans lesquelles on dormait, nous, les ouvriers algériens employés par l’usine. Les baraques étaient collées au casse fonte mécanique. Ça faisait un bruit d’enfer jour et nuit. Juste à côté, on ne la voit plus, elle est envahie de ronces, il y avait la plate-forme en plein air où je travaillais avec des dizaines d’autres Arabes, on cassait la fonte à la masse, un travail de galérien, un travail d’Algérien.

Et puis il y a la famille algérienne dont cet oncle :

Abdelkader, l’oncle d’Algérie a 84 ans. Corps svelte et visage émacié, il porte une « rezza » brune, le foulard noué en turban autour de la tête.

« Les Français sont passés sur cette route, l’un d’entre eux savait bien parler en arabe et on l’entendait crier dans un haut parleur « Allez vous en, c’est une zone de guerre, vous ne pouvez plus y rester, traversez l’oued, allez au Maroc ! » Puis ils se sont installés ici. Ils ont mis des postes militaires sur les hauteurs. Et de celui-ci et cet autre (il en indique les directions), les Français surveillaient toutes nos terres, ils tiraient sur tout ce qui bouge le long de la frontière … Puis ils ont mis les barbelés et les mines partout, on a dû quitter la maison. Je me suis loué comme ouvrier agricole près de Berkane au Maroc. Je suis toujours resté par ici. Mes frères sont partis en France mais moi, je ne voulais pas m’éloigner de ma terre. La France c’était pas pour moi . Et regarde aujourd’hui, les vieux qui en reviennent, ceux qui en reviennent vivants, tous sont physiquement détruits. L’exil les a dévorés.
…Quand on est revenu ici à l’indépendance, c’était envahi de broussailles et de serpents; et la nuit, quand on dormait, on voyait les loups nous observer. Pendant sept ans, notre maison était devenue la leur.

mercredi 2 mai 2007

l'ami algérien

Salut,
Cette histoire, probablement inspirée
de faits et événements vécus, me touche pour plusieurs raisons dont:
1. j'ai participé en tant qu' étudiant à Nancy à des actions
d'alphabétisation puis de mobilisation pour notre combat puis
d'assistance aux prisonniers libérés après le cessez le feu.
à ce titre j'ai cotoyé, et souvent partagé leurs diffficultés de toute
sorte, nos compatriotes émigrés et manoeuvres dans la
sidérurgie,déclinante, lorraine.j'en garde des souvenirs émus car ils
étaient en général empreints d'une très grande dignité voire de
fierté et de noblesse;
2. Quelques 5 à 6 années plus tard j'y suis retourné (Metz,
Thionville, Uckange,Hayange,Hagondange , Longwy,Longuyon et j'en
passe) pour ...recruter! en effet nous étions en train de jeter les
bases de la siderurgie algérienne et j'étais chargé du projet
laminoirs ;Grandes retrouvailles, grand enthousiasme,grand accueil
réciproque....mais déchantement rapide tant l'écart des mentalités,des
conditions de travail et de vie, s'était creusé, j'en garde un
souvenir poignant: échec dans notre entreprise de recrutement( moins
de 5% des travailleurs sélectionnés et recrutés sont restés après 3 à
6 mois) et désillusion sur notre capacité à réintégrer nos émigrés;
D'autres considérations sociopolitiques m'ont habité et m'habitent
toujours quant au sort fait à nos ainés tant par l' administration
décidément ton résumé (et donc ton film) réveille en moi de tristes
sentiments. mais c'est opportun et utile de raconter cette histoire.
bravo.
amicalement.
Omar;
----------------------
Cher Omar,

Je viens de relire ton message que j'ai trouvé très humain, émouvant et soudain je me prends à rêver.
Ce que tu dis a tout à fait sa place dans mon film et pourrait être recueilli dans une petite séquence de rencontre ( mon film tient plus du road movie, que d'une enfilade d'interviews).
Ces rencontres , la vie les offre, la preuve: on se parle alors qu'on se
connaît à peine par personne interposée et soudain d'Algérie tu me parles d'Hagondange, mon père y a travaillé et j'y ai grandi. Preuve que
la vie est plus forte que la fiction.
De plus c'est un regard singulier que tu amènes, une sorte d'autre côté
du miroir qui me semble soudain discrètement passionnante et ne peut
qu'enrichir le film. D'autant qu'en filigrane, dans mon film, tout du
long il y est question d'un frère plus âgé qui après avoir fait partie
du FLN clandestin en France a rejoint l'Algérie indépendante en 1963.
Donc avant toute chose, es-tu en Algérie fin mai , tout début Juin?
à +
abdallah
--------------------------------
Cher Abdallah
la fête du 1er mai n'est plus qu'un souvenir...plus aucun enthousiasme et encore moins de fraternité...drôle d'impression; Pour revenir à ta question:
je suis de retour à Alger,sauf imprévu, le 1er juin.
Amicalement.
Omar;

mardi 20 mars 2007

Peut-on donner un nom à consonance algérienne à un collège?

qu’est-ce qui justifie le fait de donner le nom d’Abdelmalek Sayad à un équipement culturel dédié à l’immigration ? N’est-ce pas une façon réitérée d’assigner identitairement et de confiner l’immigration, post-coloniale et algérienne en l’occurrence, dans cet espace ? Pourquoi à l’inverse a-t-on empêché qu’un collège des Hauts-de-Seine porte le nom du co-auteur du « Nanterre algérien » (1995) et de l’égal de Pierre Bourdieu ? Selon certains élus du département cela aurait été « porteur d’une trop forte connotation identitaire qui risquait d’enfermer ce collège dans une image communautariste » ! Et comme l’avait assené la vice-présidente du Conseil Général pour s’opposer à ce que le collège, aujourd’hui appelé « République », porte ce nom en dépit de la mobilisation associative - « il faut choisir des noms qui ne prêtent pas à la polémique » (sic) ! Ce qui veut dire : « pas de nom à consonance algérienne pour un équipement d’enseignement ».(lire la suite)

lundi 12 mars 2007

Blues et Ghorba

Algérien, anagramme de galériens.

"C'est ainsi que la France nous pénètre tous jusqu'aux os.
C'est de la folie, c'est comme de boire ou de jouer, c'est un petit ver qui creuse en nous des galeries comme à la mine.
Quand je pense maintenant à tout ce que j'ai couru,
à tout ce que j'ai attendu, à tous les voyages que j'ai faits,
à tout le monde supplié, il faut vraiment être enragé!
Tout cela rien que pour pouvoir arriver en France.
Moi qui croyais que la France ce n'était pas l'exil!
Ils ont beau plaisanter, quand ils reviennent au pays, sur la terre natale qui leur est devenue la terre étrangère,
l'exil c'est toujours l'exil.
Quand ils sont pris dans l’obscurité, ils disent bien: le pays m'est devenu l'exil. El ghorba,
Au fond, on ne les croit pas..."

(in "La double absence", Abdelmalek Sayad, ed du Seuil)

mardi 6 juin 2006

Terre de bidonvilles

« Un Nanterre algérien, terre de bidonvilles » ( éditions Autrement ) est un essai ayant pour thématique la naissance et l’existence des bidonvilles à Nanterre dans les années 1950-1960. L’ouvrage s’intéresse particulièrement au bidonville du « Petit-Nanterre », aujourd’hui disparu, mais anciennement situé au nord-est de la commune, à proximité de l’actuelle faculté.
L’auteur, Abdelmalek Sayad, est un sociologue franco-algérien, spécialiste de l’immigration. Il fut directeur de recherche au CNRS et à l’EHESS, ainsi qu’assistant de Pierre Bourdieu.
Les bidonvilles de Nanterre eurent pour spécificité d’être peuplés majoritairement par des immigrés originaires d’Algérie, travailleurs isolés dans un premier temps et familles entières par la suite. Ces bidonvilles, leurs importances ainsi que leurs types de population ont durablement marqué l’image de Nanterre dans les esprits. Abdelmalek Sayad revient sur cette période, aujourd’hui effacée du paysage urbain, mais non des mémoires, et tente d’en expliquer les causes : il appuie son discours par des entretiens réalisés auprès d’anciens habitants des lieux. Sayad utilise, également, des données topographiques et démographiques pour illustrer ces propos. Un corpus photographique ainsi qu’un plan de Nanterre, indiquant l’emplacement des bidonvilles de l’époque, viennent étayer le texte.
A Nanterre, l’immigration en provenance d’Afrique du Nord a débuté avant la seconde guerre mondiale. Déjà dans l’entre-deux-guerres, des usines de Nanterre avaient recours à de la main d’œuvre qu’elles faisaient venir des pays du Maghreb. Il s’agissait alors d’hommes isolés venus travailler en France sans leurs familles. Après la seconde guerre mondiale, le phénomène s’accélère, le nombre de travailleurs isolés augmente rapidement. Pour se loger, ces derniers ont recours aux « cafés-hôtels » : cafés détenus par des immigrés plus anciennement installés. Ces derniers tiennent aussi bien lieu de dortoirs collectifs que de cantines du soir. Les travailleurs émigrés y louent un lit bien souvent occupé par un autre dès qu’ils partent au travail. Les travailleurs de nuit occupant les lits des travailleurs de jour.
La demande en matière de logement est tellement importante que les lieux deviennent vite suroccupés et insalubres. Pour répondre à la demande, les tenanciers des « cafés-hôtels », véritables marchands de sommeil, en viennent à construire des baraques sur des terrains vagues attenant à leurs commerces. Il faut voir dans cette entreprise l’acte constitutif du bidonville : un tenancier de café-hôtel construit une baraque (pour la louer) d’abord discrète, puis une deuxième, un peu moins discrète, et ainsi de suite. Le bidonville se construit à partir de là :
Le bidonville ne se crée pas, un jour, à une date précise ; il ne s’inaugure pas. Il est une création continue. Ce n’est que lorsque les baraques, les unes après les autres, ont formé le bidonville que l’on prend conscience qu’elles ont été construites progressivement, l’une à côté de l’autre.


Les années 1950-1960 sont marquées, notamment en région parisienne, par une forte crise du logement. Les travailleurs les plus pauvres sont dans l’incapacité d’accéder à un logement « normal ». C’est ainsi que se développent les solutions alternatives que représentent les « cafés-hôtels » et les locations de baraques. Les regroupements de personnes ne sont pas le fruit du hasard, ces derniers s’opèrent à travers des réseaux familiaux ou de proximité (même village ou région d’origine en Algérie).
La guerre d’Algérie va précipiter l’émigration des familles des travailleurs isolés en France. Face aux dangers de la situation, de nombreuses familles font le choix d’envoyer les femmes et les enfants retrouver leurs maris et leurs pères. Du jour au lendemain, des travailleurs algériens isolés qui ne rentraient en Algérie que un ou deux mois par an, se retrouvent, en France, avec femme et enfants. Beaucoup découvrent ainsi leurs rôles de chef de famille.

samedi 3 juin 2006

Les camps


en rouge, certains lieux d'aujourd'hui évoqués dans le projet.




samedi 6 mai 2006

Terre de naissance, terre d'accueil

Je vous écris d’un endroit reculé, un village perdu dans la campagne de France.
Je suis assis à une table dans un lieu de travail. Dans la pièce qui jouxte celle où je suis et dont aucune porte ne me sépare, une grappe de jeunes gens silencieux. Ils regardent des images. Les palettes qui brûlent sur un chantier, des routes, de la boue, des champs, des constructions neuves, des tombes, des rues, des animaux, un étang, des ruisseaux, des traces sur un arbre abattu, A aime D avec une flèche qui transperce un cœur, des engins de terrassement, grands comme des maisons, comme ceux qu’on voit dans les reportages sur les Territoires Occupés, des engins colossaux, dont le diamètre des roues profondément crantées dépasse la taille des hommes, des monstres, venus du pays de Gulliver pour écraser ceux qu’on ne veut plus voir, les petits de Lilliput.
Les jeunes gens écoutent la parole de témoins. Ils recherchent les traces d’une cité engloutie. Ils sont aux aguets.
Un poste de télévision diffuse les voix et les sons de la vie.
Je ne vois rien, mais j’entends des voix. Je fais mon travail, j’écris et elles m’habitent
Les jeunes gens ont la vingtaine. Par la fenêtre, du son me parvient de l’extérieur. Un bruit de ballon. Je vais voir ; ce sont deux enfants qui jouent sur un vrai terrain de foot. Dix douze ans. J’ai joué au foot quand j’étais gamin sur des terrains labourés, tantôt demi-gauche tantôt ailier. Trop frêle pour faire arrière, et puis les Algériens étaient redoutés parce qu’ils marquaient des buts alors on me mettait vers l’avant. Pendant la guerre, pendant les guerres, on met toujours certains plus que d’autres devant. Première chair à canon. Monte et tire au but, Monte Cassino. L’équipe des Algériens gagnait souvent la coupe dans les tournois inter-services de l’usine.


Les Algériens bossaient en enfer, mais ils gagnaient la coupe et ne l’emmenaient pas à la maison. Quelle maison ? Ils dormaient dans une baraque à quarante au Camp Russe. Oui au camp!
Où la mettre, cette Coupe argentée qu’on n’a pas volée. Où aligner toutes les coupes gagnées parce qu’il n’y en a pas qu’une ? Où ? On a si peu de place, que sa garde-robe - c’est un grand mot, mais pourquoi pas, puisqu’une "abaya" ressemble fort à une robe, après tout ! Où la mettre quand on a si peu de place que tous les vêtements, l’unique ‘abaya comprise tiennent dans une seule valise glissée sous son propre lit dans la chambrée et qu’on ne peut pas faire autrement. Rachid Mekhloufi, un Oranais, roi du stade à St Etienne, tous avaient sa photo.
Stade de Colombes, finale de la coupe de France : FC Toulouse-SCO Angers, 6–3. Les" khouyas" ont dansé sur le terrain comme des chats et donné le tournis à la défense du SCO. Ils ont marqué deux des six buts de Toulouse et de quelle manière ! tous les Arabes pouvaient vous dire leur nom, Bouchouk et Brahimi le nom de ces Algériens, des pieds magiques, algériens, un beau match, un public heureux, du peuple, le monde ouvrier.
Les sidis buteurs du match de Coupe, de vrais sidis (en arabe, ça veut dire Monsieur), sont les idoles des vainqueurs de coupe du tournoi de l’Usine. Et ce jour-là, Le 26 mai 1957, j’avais 4 ans, installé à la tribune d’honneur, à côté du président de la République, le Bachagha Chekkal, un pantin, représentant « pour du beurre » les indigènes musulmans d'Algérie. Il assiste au match. Dans les hourras qui accompagnent le but de la victoire, le bachagha est abattu dans le stade de Paris par des tireurs du F L N. Des ouvriers, de simples manœuvres, comme ceux des chambrées, ceux des vallées de Lorraine, installés en France mais valise sous le lit, comme prêts à repartir. Mais on ne repart que si on a fait fortune, un peu fortune avec plusieurs valises et quand même quelques cadeaux au moins. C’était un mensonge, en France on ne ramassait pas l’or à la pelle. Ils ne sont pas repartis. On ne pouvait pas les voir. Comme on dit : "J’peux pas te voir". Ils sont devenus invisibles, fantômes vivants, absents et plus qu’absents, doublement absents.
Quelques années plus tard, indépendance de l’Algérie.


Si je parle d’Algérie c'est que je suis Algérien de naissance, Français de papiers depuis peu, trois ans. L’administration républicaine a mis trois ans pour m’accorder le passeport estampillé France, couleur Bordeaux , vin vieux. Couleur sang séché. Trois ans. J’en ai quarante-cinq et plus passés en France, pas de casier judiciaire, une profession respectable, deux enfants nés en France de mère Française et on met tout ce temps pour vérifier que j’existe pour de vrai et que je suis sans danger. Passeport. Passe-Port. Au même moment un ami Écossais avait sa naturalisation en trois mois. Deux poids, deux mesures, comme au Palais de Justice.

Et aujourd’hui en France, c'est la guerre aux autres, au bord de la guerre civile.


Le jour de l’indépendance, sur des tréteaux installés devant la cour d’un foyer d’Algériens un jeune homme, mon frère, réapparaît au grand jour. Je suis au pied de l’estrade. Il chante, habillé avec les vêtements des maquisards algériens, la chanson de Johnny, « retiens la nuit… » Mon frère adore Johnny, l’idole de tous les jeunes, comme les soldats alliés pouvaient adorer « Lili Marlène ».
Retiens la nuit, entre France et Algérie, les amoureux, Le dernier instant. Leur dernière nuit. Près d’un pont de bois, au bord la Moselle, campement gitan et mon grand frère avec sa douce, une gitane de France. Une princesse. J’étais tout petit, je ne l’ai vue qu’une fois. Un rêve de femme. Un rêve.
Ma mère me transporte dans un autre lit pour libérer une place à Mohamed, le fils clando. Il repartira avant l'aube. Retiens la nuit... Dernière nuit. Mon grand frère avait dix huit ans, « Gigi l’amoroso… » d'une princesse en roulotte. Dix-huit ans. Peu de temps après, il rejoint l’Algérie, nedjma ou ch’har, l’étoile et le croissant, rouge sur vert et blanc, son pays, libre. « Houria ! » .


Et la nuit est restée sur des centaines de milliers d’Arabes de France qui eux ne sont pas repartis. Et des cousins sont venus du bled, d’autres sont nés ici et tous sous le nuage toxique, dans l’odeur de sang, dans la nuit noire.

Terre de naissance. Terre d’accueil. Ma terre d’accueil est la terre de naissance de mes enfants.
Et moi je déroule pour un film deux morceaux de peau qui enserrent un secret.

écrit en résidence à Lussas

mardi 3 janvier 2006

Entre le pays d'ici et le pays de là-bas



Mon père est Algérien. Enrôlé dans les troupes de la France Libre, il a découvert la métropole en habit de soldat. La guerre finie, il a été embauché dans la sidérurgie lorraine comme manœuvre. Gravement accidenté du travail en 1952, il a été hospitalisé six mois à l’hôpital de Rombas situé dans l’usine même. Avec la pension groupée qui lui a été versée, il a ouvert un petit commerce de vêtements de travail et dans le logement attenant à ce commerce, il a accueilli femme et enfants en 1954.
Né en Algérie au bord de l’oued qui fait frontière avec le Maroc, j'ai grandi en Lorraine industrielle aux frontières nord-est de la France.


Entre le pays d'ici et le pays de là-bas, il y avait la porte de la maison.
D'un côté, la France: l'extérieur ; Gérard, Léon, José mais aussi Gino ou Thaddée, la rue, l'école avec les tranches de pomme distribuées par l'instituteur en guise de bons points, l'aventure dans les igloos de chaux d'une usine désaffectée et les terrains vagues désertés par les copains à Pâques, pour cause de Chemin de Croix.
De l'autre côté: l’Algérie, l'intérieur ; La chaleur, la musique des jours de fête, les rituels profanes - ou sacrés, je ne savais pas, les épis de maïs grillés, les grenades qui viennent avec le premier froid, les gestes du bled arabe d'Afrique et la langue maternelle. Douceur et musique des mots, qu'il suffisait de laisser venir comme une litanie magique, pour que s'évanouissent les peurs qu'on a, quand on est enfant.

On ne peut pas échapper à la fatalité de sa naissance.
Aujourd’hui encore, alors que les cantates de Bach font partie de moi au point qu’elles pourraient me rendre chrétien, la langue maternelle, et elle seule, révèle, calme et embrasse la tache de naissance, cette île qu’on porte avec soi comme un trou à la tête.
Je suis de la première génération et demie, juste à la frontière.

J’ai baigné dans un ballet permanent d’enfants et dans plusieurs langues. Sous le même ciel continuellement rouge des vallées ouvrières, un coin de Lorraine où les anges habitent le nom des villes. J’ai grandi Français avec les Français et Arabe avec les Arabes. J’ai passé mon enfance à Mondelange dans une rue de la gare, il y avait encore les ruines d’une cimenterie, puis à Hagondange dans les odeurs mêlées de charbon, métal, souffre, manganèse et chaux. Nous avons emménagé ensuite à Talange au croisement de la route nationale et du canal menant à l’usine. C’est un coin de Lorraine où les anges habitent le nom des villes. Habitations et bâtiments industriels entremêlés, la ville était dans l’usine et l’usine dans la ville. Seuls ceux qui habitent ces vallées ouvrières savent où finit l'une de ces communes et où commence l'autre.
Mes parents sont repartis en Algérie en 1972.



L'immigration algérienne en Moselle.

Extraits de la thèse d’Andrée Michel ,
rapport commandé par l’Institut de Géographie.

« ……Pénétrons dans les deux camps d'une grande usine, qui héberge 560 Algériens sur les 800 qu'elle emploie. Le camp A, adossé aux hauts-fourneaux, est situé dans l'enceinte même de l'usine; il est isolé de la route par une palissade surmontée de fils de fer barbelés. Pour s'y rendre, Il faut parcourir deux kilomètres de terrain vague, à partir de la cité ouvrière où sont logés les ouvriers européens et leurs familles. Ce camp A est donc complètement Isolé. Une petite guérite, installée à l’entrée du camp, est occupée en permanence (nuit et jour) par un garde européen de l'usine en uniforme, quelquefois armé. Il exige de tout visiteur un laissez.passer signé par la direction de l'usine. Les consignes sont sévères: toute infraction au règlement est sanctionnée par l'expulsion. Seuls les Algériens parents des hébergés ont accès au camp: encore faut-il qu'ils déposent à l'entrée leur carte d'Identité, qui ne leur sera rendue qu'à la sortie. De plus, Ils doivent respecter un horaire strict: après de multiples démarches de la part des Algériens, les heures de visites, d'abord limitées à quatre heures par jour, sont autorisées de 6 à 23 heures. À l'intérieur du camp, les baraques s'alignent géométriquement sur un terre-plein transformé en bourbier dès qu'il pleut. Une épaisse fumée en provenance de la cokerie et des hauts-fourneaux s'abat sur le camp et interdit toute visibilité à quelques mètres. Chaque baraque est séparée en deux par un couloir étroit. De part et d'autre s'ouvrent les portes donnant accès aux chambres, habitées chacune par quatre locataires. Quatre lits, une petite table, deux armoires métalliques, quelques tabourets composent un mobilier sommaire. L'ensemble est relativement propre et ordonné; de plus, les Algériens ont obtenu de la direction des draps et des couvertures changées régulièrement. Pour ne pas manger à la cantine de l'usine, ce qui constituait une obligation il y a un an, les Algériens ont fait de multiples démarches auprès de la direction. Ils ont obtenu, il y a six mois. une pièce commune (dans chaque baraque), qui sert de cuisine et de réfectoire. La cuisine est faite sur de petits réchauds à pétrole. Les locataires se groupent à plusieurs, pour plus d'économies, afin de «faire bouillir la marmite », Dans ce camp A, où sont hébergés 240 Algériens, la densité par chambre est moyenne; l’hygiène est quasi satisfaisante, mais les locataires expriment leur insatisfaction d'être gardés dans des camps tout comme des prisonniers. *
Le loyer est de 1200 F par mois. Le même loyer est payé par les 320 Algériens hébergés au camp B de l'usine, qui offre la même disposition et la même surveillance. Mais les conditions d'hygiène y sont déplorables, Les baraques en bois se composent de dortoirs à l'aspect misérable, abritant chacun de 40 à 50 locataires. Une quarantaine de lits sont disposés les uns contre les autres; On distingue sur les lits de vieux pardessus en guise de couvertures que la direction ne fournit pas. Sous les lits, des matelas défoncés, des paillasses, destinés aux clandestins ", hébergés à la dernière heure, Personne ne sait combien ils sont là exactement: 40 en principe, mais plus souvent une soixantaine, entassés dans un espace trop restreint. Les meubles: tables, armoires, tabourets, sont absents, faute de place. À défaut, on plie soigneusement les habits du dimanche dans de petites valises reléguées dans un coin. Les locataires de ce dortoir n'ont pas encore la jouissance d'un réfectoire commun, mais ils ont obtenu de ne plus manger à la cantine. Aussi distingue-t-on dans la pièce de petits réchauds dont le fonctionnement a noirci un peu plus les murs et accentué l'humidité. L’équipement (douches, bouches d’eau, W-C), commun à plusieurs dortoirs, est insuffisant pour le nombre élevé de locataires. Dans toutes les usines sidérurgiques de la vallée de la Fensch et de l'Orne, les dortoirs de 40 à 50 locataires algériens sont plus fréquents que les chambres à quatre. Dans tous les cas, sauf un, ils sont isolés de l'habitat européen et ne reçoivent que des locataires musulmans. L'interdiction de pénétrer, faite à tout visiteur démuni de laissez-passer, est générale.
Un nombre infime de familles a pu obtenir un logement familial (20 environ pour 5000 sidérurgistes algériens, soit 0,4 %), Les immigrés algériens comparent avec amertume leur situation à celle des ouvriers étrangers (Italiens, Sarrois, Allemands) qui sont assurés, après un dé!ai variant, suivant les entreprises, de deux à cinq ans, d'obtenir un logement individuel familial. Une seule usine, la S.M.K., prévoit l'accession à la copropriété pour toutes les familles de ses ouvriers, y compris celles des ouvriers musulmans. Une autre discrimination concernant l'habitat est faite par une grande usine: tout ouvrier marié reçoit, en attendant d'avoir un logement familial, une prime de séparation de 18 000 F par mois; les Algériens sont totalement exclus de cet avantage.
…..
La structure de l’immigration algérienne en Moselle révèle à l’enquêteur l’aspect colonial d’une situation sur laquelle bien des auteurs ont attiré l’attention. Le rapport Laroque et Ollive insistait sur l’encadrement militaire dont fut l’objet à son origine, l’immigration algérienne en Moselle.Plus tard, étudiant la création de services sociaux destinés aux algériens dès 1925, un autre auteur regrette la « confusion au départ du policier et du social ». La situation n’a pas changé depuis même si l’étiquette des services chargés des immigrés algériens s’est modifiée. On peut même dire qu’elle s’est aggravée en Moselle depuis les évènements d’Afrique du Nord.
À la situation d’immigrés loin de leur pays d’origine qui isole déjà moralement ces travailleurs s’ajoute pour les Algériens une situation d’immigrés coloniaux, caractérisée avant tout par une grande dépendance vis à vis de l’emploi et du logement, une surveillance constante de leur vie quotidienne, rendue possible par la ségrégation de l’habitat. La dépendance de l’emploi s’aggrave avec l’absence quasi totale de qualification professionnelle. Les employeurs refusent d’ailleurs d’accepter les Algériens dans leurs centres d’apprentissage….On ne saurait mettre sur le compte de l’instabilité leur refus d’embaucher des immigrés algériens pourvus du certificat d’étude ou de quelque instruction…
L’encadrement des travailleurs Nord-africains et la discipline qui en est la condition sont de nature à susciter une réaction psychologique chez ceux-ci. ...»
….
* Ces baraquements ont servi à cantonner les prisonniers soviétiques lors de la dernière guerre mondiale.
Andrée Michel

Thèse publiée en 1956
dans les « Annales de Géographie»
bulletin de l’Institut de Géographie

lundi 2 janvier 2006