Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste
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vendredi 25 mai 2012

Le Chemin Noir Offertorium

Florange, ArcelorMittal, solidarité ouvrière, sidérurgie lorraine, la fin d'un monde ?
Au tout début du travail sur le film "Le Chemin Noir", il y avait ce brassage d'archives et d'images tournées dans les lieux, sous forme de ciné-poème.

samedi 16 janvier 2010

"Une vie française."

C'est le titre du film de moyen métrage d'une durée de 56 minutes, que nous venons de finaliser à partir d' images filmées en Lorraine et dans le Limousin.



Synopsis :
La vie paisible d’un homme d’origine algérienne qui a grandi et vit en France, est bouleversée par un appel d’Algérie : on l’attend là-bas, sa mère, son père, les autres aussi. Cet appel le ramène à la Lorraine industrielle de son enfance, région sinistrée où il exhume la vie des travailleurs immigrés de la sidérurgie et de quelques fantômes qui les accompagnent. La remontée dans le temps s'apparente à une descente aux enfers tant la mort est à l'ouvrage...








Ce film a été monté et mixé dans les studios de France Télévision pôle RFO et sera diffusé sur France Ô bientôt.

France Ô est diffusé sur les réseaux câblés; à vos magnétoscopes, et si vous n'avez pas le câble, il y a bien un de vos amis qui l'a et pourra enregistrer "Une vie française" pour vous.

samedi 26 décembre 2009

La passerelle de l’aciérie




Mon père vient d’acheter un « tub » Citroën d’occasion, on est en 1972 et le déménagement familial au bled se prépare. Ils partiront, je resterai.
J’ai à peine plus de dix-huit ans, il est quelques minutes avant six heures du matin, l’air est glacial dehors et l’on m’attend sur la passerelle de l’aciérie. Je me souviens de ce couloir brûlant, un souterrain qu’il me fallait traverser la peur au ventre pour rejoindre mon poste de travail. C’était sous la gueule des convertisseurs. Il y avait toutes ces personnes que j’y croisais et pour qui c’était l’ordinaire. Des Arabes condamnés à rester en bas, dans la crasse de l’usine, menacés par le métal en fusion qui se déversait au-dessus d’eux. Frêles silhouettes entre les wagons chargés de lave qu’ils accrochaient, la moindre inattention pouvait leur être fatale. Ces ouvriers dormaient pour la plupart dans ce qu’on appelait des foyers, pauvres baraques ou chambres misérables. Mon père avait vécu cela avant de nous faire venir. Invisibles aux yeux des « Européens », les Arabes de l’usine vivaient une vie silencieuse, entre eux. Il en mourait aussi sans bruit. Celui qui allait tomber dans une poche de fonte et dont la vie allait se dissoudre, le sachant aurait-il été en colère? Il aurait été plutôt déçu, ou ni colère ni déception. Il était là sans vraiment savoir pourquoi ni comment. Nourri d’illusions, il se taisait. Il rêvait d’ailleurs, son pays, où il reviendrait un jour. Les chansons de l’immigration parlaient de lui et pour lui : « Le hmam li rabbitou em’cha ‘aliyya… » (la colombe que j’ai élevée s’est éloignée de moi…).
Berger illettré, habillé de rien et qui n’avait pour paysage que les quelques bêtes qu’il faisait paître et l’horizon paisible, on lui avait parlé de la France et l’idée de la France s’était mise à le ronger comme un ver. Recruté pour le feu de la sidérurgie, il a quitté l’Algérie sans regret, découvert le luxe du costume frais et le jour de repos. Il a économisé sur l’argent qui lui restait après avoir envoyé le mandat, pour acheter bientôt une Vespa et un beau chapeau, comme tous les autres jeunes. Sacha Distel le chantait à la radio.
Et plus le temps est passé, plus le présent lui est devenu étranger, plus le bled, cet ailleurs natal, lui est devenu étranger et plus il est devenu étranger à lui-même.

Mon père a échappé au signe indien. Il est rentré « chez lui ».

mercredi 2 mai 2007

l'ami algérien

Salut,
Cette histoire, probablement inspirée
de faits et événements vécus, me touche pour plusieurs raisons dont:
1. j'ai participé en tant qu' étudiant à Nancy à des actions
d'alphabétisation puis de mobilisation pour notre combat puis
d'assistance aux prisonniers libérés après le cessez le feu.
à ce titre j'ai cotoyé, et souvent partagé leurs diffficultés de toute
sorte, nos compatriotes émigrés et manoeuvres dans la
sidérurgie,déclinante, lorraine.j'en garde des souvenirs émus car ils
étaient en général empreints d'une très grande dignité voire de
fierté et de noblesse;
2. Quelques 5 à 6 années plus tard j'y suis retourné (Metz,
Thionville, Uckange,Hayange,Hagondange , Longwy,Longuyon et j'en
passe) pour ...recruter! en effet nous étions en train de jeter les
bases de la siderurgie algérienne et j'étais chargé du projet
laminoirs ;Grandes retrouvailles, grand enthousiasme,grand accueil
réciproque....mais déchantement rapide tant l'écart des mentalités,des
conditions de travail et de vie, s'était creusé, j'en garde un
souvenir poignant: échec dans notre entreprise de recrutement( moins
de 5% des travailleurs sélectionnés et recrutés sont restés après 3 à
6 mois) et désillusion sur notre capacité à réintégrer nos émigrés;
D'autres considérations sociopolitiques m'ont habité et m'habitent
toujours quant au sort fait à nos ainés tant par l' administration
décidément ton résumé (et donc ton film) réveille en moi de tristes
sentiments. mais c'est opportun et utile de raconter cette histoire.
bravo.
amicalement.
Omar;
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Cher Omar,

Je viens de relire ton message que j'ai trouvé très humain, émouvant et soudain je me prends à rêver.
Ce que tu dis a tout à fait sa place dans mon film et pourrait être recueilli dans une petite séquence de rencontre ( mon film tient plus du road movie, que d'une enfilade d'interviews).
Ces rencontres , la vie les offre, la preuve: on se parle alors qu'on se
connaît à peine par personne interposée et soudain d'Algérie tu me parles d'Hagondange, mon père y a travaillé et j'y ai grandi. Preuve que
la vie est plus forte que la fiction.
De plus c'est un regard singulier que tu amènes, une sorte d'autre côté
du miroir qui me semble soudain discrètement passionnante et ne peut
qu'enrichir le film. D'autant qu'en filigrane, dans mon film, tout du
long il y est question d'un frère plus âgé qui après avoir fait partie
du FLN clandestin en France a rejoint l'Algérie indépendante en 1963.
Donc avant toute chose, es-tu en Algérie fin mai , tout début Juin?
à +
abdallah
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Cher Abdallah
la fête du 1er mai n'est plus qu'un souvenir...plus aucun enthousiasme et encore moins de fraternité...drôle d'impression; Pour revenir à ta question:
je suis de retour à Alger,sauf imprévu, le 1er juin.
Amicalement.
Omar;