Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste

dimanche 6 septembre 2009

Le conte des frères

. 26. 1. EXT / JOUR. HANGARS
Une clairière désolée. Une cabane de chantier. De longs hangars. Le tout est visiblement désaffecté. Un homme est assis, adossé à l’un des hangars. Un filet de fumée s’échappe d’un petit bidon de métal qui sert de chauffage de fortune. Sur la paroi au dessus de lui, une bouche de ventilation. Les pales sont en mouvement.
L’homme est un Africain. Il est habillé pauvrement et a jeté sur ses épaules ce qui semble être une couverture. Il est âgé.
Il regarde longuement droit caméra puis soudain il raconte, et sa parole semble suivre le rythme des hélices du ventilateur :

LE CONTEUR : Il était une fois un garçon qui habitait la douce France. Il atteignait l’âge où l’insouciance c’est déjà du passé, l’âge où on se pose des questions. Et il se demandait ce qu’il en était de son frère, ce frère qui lui manquait.
Mort ou disparu ? Quand il demandait à sa mère, elle répondait toujours « disparu ».
Un jour, alors que le garçon se promenait dans les champs, il trouva un bel os bien droit et blanc comme de l’ivoire.
Il le ramassa, rentra chez lui et s’en fit une flûte. Puis il courut la montrer à sa mère. Sa mère lui dit : « Es-tu chien errant pour introduire des ossements dans la maison, veux-tu nous porter malheur, jette au loin cette saleté ! ».
Elle n’entendit jamais à quel point le son de la flûte était beau et envoûtant. Le soir, le garçon s’en allait à distance de la maison pour en jouer. Il soufflait et de l’os blanc comme ivoire sortaient des sons… des sons… Il en était possédé. C’était la voix de son frère que sa mère, la France, lui avait cuisiné et que lui, avait mangé sans le savoir. Il avait même trouvé cela bon.
Il passait de longues heures à jouer la voix de son frère… un gamin… son frère… et la voix le traversait, le creusait. Une vraie torture.


Pendant l’histoire, on a vu tantôt le visage du conteur, tantôt le mouvement des pales du ventilateur.

. 26. 2. EXT / JOUR. HANGARS
On est dans la pénombre, on voit l’orifice de ventilation vu de l’intérieur et la voix poursuit :

LE CONTEUR : Jusque-là toujours calme et insouciant, le garçon désormais ne trouvait plus le sommeil. Son frère l’habitait… son frère le turbulent… le trompe la mort… le délinquant…

Lentement, On découvre le lieu.
Une fois puis à nouveau, quelqu’un appelle, sa voix est proche, il appelle de plus en plus fort : « Abdelkader !… Abdelkader !… Abdelkader ». La voix résonne. Plus on découvre l’espace, plus on sent le vide. C’est comme un immense sous-sol. Le plafond bas est soutenu par de minces piliers. Sur le sol, comme de terre au bout là-bas, une flaque de lumière ondule.

Soudain le vide est traversé par une note qui vibre, un son d’onde Martenot, comme une réponse lointaine, un long cri : « OOOOhhhh ! »

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