Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste
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samedi 8 décembre 2012

THE FOREIGN SON Sélection à Dubai Film Connection

Le Fils Etranger ( sous le titre The Foreign Son) fait partie des quinze projets sélectionnés à la Dubai Film Connection qui aura lieu du 9 au 16 décembre 2012 à Dubai durant l'international film festival.






dimanche 29 janvier 2012

LEILA SEBBAR sur le Chemin Noir

Père et fils, quel pays les habite ?


C’est comme si mes routes algériennes en France * avaient croisé réellement, mais je sais que ce n’est pas vrai, ce chemin noir et, autour, la Lorraine sidérurgique abandonnée. Comme si ce paysage de ruines métalliques et rouillées m’étaient depuis toujours familier.
Le bruit du train, les wagons dans la mine, le chant du coq avec la voix du jazz et les mots inconnus de la mélodie arabe, le disque sur le vieux pick-up, le jardin ouvrier, les tombes musulmanes dans le cimetière français.
Les images, couleur, noir et blanc, s’entrecroisent. Le temps d’avant, aujourd’hui, autour de la vieille 404 d’un bleu délavé.
Le père et le fils. Les chibanis. Les silences.
Aller-retour de l’enfance sur le chemin noir à la vieillesse sur le chemin noir.
Quelle mémoire ? Tous ces fragments. Ces traces.
Comment dire la fin d’un monde, ce monde-là qui a existé avec le feu et la lave, l’anxiété d’un père dans la guerre où disparaît le fils aîné.
Comment dire le pays perdu, aimé, le pays du retour, l’Algérie, où on va lentement mourir, et l’autre pays, la France, on y a été jeune et vigoureux, on a travaillé, des enfants y sont nés, quel pays les habite ?
Abdallah Badis raconte, par la voix de l’enfant, de l’homme qui revient, des amis rencontrés, des chibanis assis qui parlent en arabe et en français, les fous et les sages, Abdallah Badis raconte par l’image vive, dense, complète, les gestes surpris, les mouvements du regard. Le fils père à son tour raconte ce qu’on croit ne pouvoir être dit.
Tout se passe insensiblement autour de l’objet fétiche, la 404 bleue, dessus capot levé, dessous dans le cambouis.
Les hommes s’engagent dans la bataille de la résurrection mécanique, comme Abdallah Badis s’engage, avec la pudeur des chibanis et l’extrême sensibilité d’un enfant, dans l’exploration minutieuse et subtile de ce qui a disparu absolument. Que reste-t-il ?
Une moustiquaire enveloppe de ses plis la 404, légère, mouvante, c’est un enfant tout petit qu’on berce.
Une image onirique comme Le Chemin noir d’Abdallah Badis.

Leïla Sebbar, écrivain

* Mes Algéries en France, Journal de mes Algéries en France, Voyage en Algéries autour de ma chambre (Bleu autour, 2004, 2005, 2008).

Dernier titre publié : La Confession d’un fou (roman, Bleu autour, 2011).

samedi 26 septembre 2009

Le captif.

On raconte l'histoire à Junin ou à Tapalqué. Un enfant disparaît après un raid d'Indiens. On dit qu'ils l'avaient enlevé. Ses parents l'ont cherché inutilement. Des années plus tard, un soldat qui venait de l'intérieur leur parla d'un Indien aux yeux bleus qui pourrait bien être leur fils. Ils le rencontrèrent à la fin (la chronique ne précise pas les circonstances et je ne veux pas inventer ce que j'ignore) et crurent le reconnaître. L'homme, marqué par le désert et la vie sauvage, ne comprenait déjà plus les mots de sa langue natale. Indifférent el docile, il se laissa pourtant conduire à la maison. Il s'arrêta sur le seuil, peut-être parce que les autres s'y arrêtèrent. Il regarda la porte, comme s'il ne la comprenait pas. Soudain, il baissa la tête, poussa un cri, traversa en courant le corridor et les deux vastes cours et pénétra dans la cuisine. Sans hésiter, il plongea le bras dans la hotte enfumée et sortit le petit couteau à manche de corne qu'il avait caché là, lorsqu'il était enfant. Ses yeux brillèrent de joie. Ses parents pleurèrent, parce qu'ils avaient retrouvé leur enfant. Ce souvenir fut peut-être suivi par d'autres, mais l'Indien ne pouvait vivre entre quatre murs. Un jour, il partit retrouver son désert. Je voudrais savoir ce qu'il ressentit à cet instant vertigineux où le passé et le présent se confondirent. Je voudrais savoir si le fils perdu renaquit et mourut en cette extase, ou s'il parvint à reconnaître, ne fût-ce qu'à la manière d'un nouveau-né ou d'un chien, ses, parents et sa maison.

("L'auteur et autres textes, Jorge Luis Borgès, Gallimard éditeur)


dimanche 6 septembre 2009

Le conte des frères

. 26. 1. EXT / JOUR. HANGARS
Une clairière désolée. Une cabane de chantier. De longs hangars. Le tout est visiblement désaffecté. Un homme est assis, adossé à l’un des hangars. Un filet de fumée s’échappe d’un petit bidon de métal qui sert de chauffage de fortune. Sur la paroi au dessus de lui, une bouche de ventilation. Les pales sont en mouvement.
L’homme est un Africain. Il est habillé pauvrement et a jeté sur ses épaules ce qui semble être une couverture. Il est âgé.
Il regarde longuement droit caméra puis soudain il raconte, et sa parole semble suivre le rythme des hélices du ventilateur :

LE CONTEUR : Il était une fois un garçon qui habitait la douce France. Il atteignait l’âge où l’insouciance c’est déjà du passé, l’âge où on se pose des questions. Et il se demandait ce qu’il en était de son frère, ce frère qui lui manquait.
Mort ou disparu ? Quand il demandait à sa mère, elle répondait toujours « disparu ».
Un jour, alors que le garçon se promenait dans les champs, il trouva un bel os bien droit et blanc comme de l’ivoire.
Il le ramassa, rentra chez lui et s’en fit une flûte. Puis il courut la montrer à sa mère. Sa mère lui dit : « Es-tu chien errant pour introduire des ossements dans la maison, veux-tu nous porter malheur, jette au loin cette saleté ! ».
Elle n’entendit jamais à quel point le son de la flûte était beau et envoûtant. Le soir, le garçon s’en allait à distance de la maison pour en jouer. Il soufflait et de l’os blanc comme ivoire sortaient des sons… des sons… Il en était possédé. C’était la voix de son frère que sa mère, la France, lui avait cuisiné et que lui, avait mangé sans le savoir. Il avait même trouvé cela bon.
Il passait de longues heures à jouer la voix de son frère… un gamin… son frère… et la voix le traversait, le creusait. Une vraie torture.


Pendant l’histoire, on a vu tantôt le visage du conteur, tantôt le mouvement des pales du ventilateur.

. 26. 2. EXT / JOUR. HANGARS
On est dans la pénombre, on voit l’orifice de ventilation vu de l’intérieur et la voix poursuit :

LE CONTEUR : Jusque-là toujours calme et insouciant, le garçon désormais ne trouvait plus le sommeil. Son frère l’habitait… son frère le turbulent… le trompe la mort… le délinquant…

Lentement, On découvre le lieu.
Une fois puis à nouveau, quelqu’un appelle, sa voix est proche, il appelle de plus en plus fort : « Abdelkader !… Abdelkader !… Abdelkader ». La voix résonne. Plus on découvre l’espace, plus on sent le vide. C’est comme un immense sous-sol. Le plafond bas est soutenu par de minces piliers. Sur le sol, comme de terre au bout là-bas, une flaque de lumière ondule.

Soudain le vide est traversé par une note qui vibre, un son d’onde Martenot, comme une réponse lointaine, un long cri : « OOOOhhhh ! »

lundi 26 janvier 2009

Doc ou fiction?

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Toute documentaire qu’elle soit, il y a quelque chose d’un acte magique dans cette plongée dans l’histoire des miens et celle du monde ouvrier d’où je viens, quelque chose d’un talisman, d’un deuil et comme on dit en musique, d’une offrande. Quelque chose d’un poème visuel et sonore.


Une pierre est tombée
Quelque chose dans les murs s’est ouvert
Le lointain est devenu plus nostalgique plus désirable
une pierre est tombée
quelque chose dans l’homme a changé
j’ai fait de mon visage
le frère de l’herbe où je suis né
et mes pas se sont livrés
à la nostalgie des miroirs
je confie à la pierre
ce que le jour laisse de ses décombres
ce que laisse le voyage.
Adonis
(in "Chronique des branches", collection Orphée, La différence ed.)

jeudi 1 janvier 2009

Sidi M'Hamed

Le chemin noir c’est peut-être celui que l'on suit sur le presque tard de la vie, quand on commence à rentrer dans sa carapace comme une tortue. Et de tortue, j’en ai une, elle carapatait sur la tombe de ma grand-mère elle s’appelle sidi M’Hamed. Elle m'a raconté son histoire.

C'était il y a très, très, très longtemps, du temps où les humains vivaient comme des animaux, sans conscience et sans morale. L'usage était, quand l'hiver arrivait et pour ne pas gâcher les réserves de nourriture, de se débarrasser des bouches inutiles. Ainsi tous les jours, quelqu'un quittait-il le village, qui avec son père, qui avec sa mère sur le dos pour porter l’un ou l’autre jusqu'à la montagne et le projeter dans le vide comme une vulgaire ordure. Au pied de chaque précipice, des ossements à perte de vue. Ce jour là, c'était M'Hamed qui quittait sa maison . Il avait chargé, sans cruauté ni douceur, son père sur son dos et prenait le chemin qui mène à la montagne. Il marcha longtemps jusqu'à atteindre un à-pic de plus de cent mètres, et il se dit: "voilà je vais le jeter ici".
Il s'apprêtait à le faire quand la voix faible du père se fit entendre:
"- Non, mon fils, pas ici, ne me jette pas ici!".
Étonné ,contrarié, le fils dit au père:
"- Pourquoi pas ici? pourquoi plus loin encore? Faire une chute de 100, 120, ou 210 mètres, qu'est ce que cela change? Qu'il y pousse des roses, des oliviers sauvages ou que ce soit un désert de pierres, tu seras mort en bas de la même façon."
Le fils s'arc-boutait à nouveau au bord du vide quand il sentit à ses pieds une pierre qui s'arrachait du bord de la falaise. Mais au lieu de tomber, elle semblait revenir vers le chemin. Intrigué, M'hamed reposa son père. Il se saisit de la pierre et s'apprêtait à la lancer dans le vide, quand il sentit qu'elle lui chatouillait la paume. C'était une tortue et elle venait de sortir ses pattes. M'Hamed se mit à l'observer avec ce regard que seul les animaux ont *. Puis voyant que le soleil allait disparaître derrière la montagne il se pencha vers son père et lui dit:
"- Dis moi, où veux-tu que je me débarrasse de toi, vieil homme, vite, il faut que je rentre? - Pas ici, mon fils, pas ici, fais le un peu plus loin, peu importe, mais pas ici, je t'en prie."
- Pourquoi donc?" dit le fils dont le regard commençait à avoir quelque chose d'humain.
"- Et bien, dit le père, j'ai reconnu tout de suite cet endroit, c'est exactement ici que moi-même à ton âge, j'ai jeté mon père. Voilà pourquoi."
Le soleil se couchait quand M'Hamed, portant son père sur son dos et une tortue à la main rentra dans son village. De ce jour, l'humanité a habité les humains, c'est Sidi M'Hamed qui me l'a dit. La tortue qui a habité mon rêve a connu mon arrière grand mère. Elle va souvent converser avec elle au sanctuaire de Sidi Amar, sur l'île de naissance , là où on dit "Que dieu veille sur ton ombre."

mardi 1 mai 2007

Parole de conteur

Le coq voudrait bien voler jusqu'au septième ciel. Ce ne sont pas les ailes qui lui manquent; c'est que le ciel ne veux pas le voir.
Parce que la vie, ce sont les paraboles qui la font passer.