Le Fils Etranger ( sous le titre The Foreign Son) fait partie des quinze projets sélectionnés à la Dubai Film Connection qui aura lieu du 9 au 16 décembre 2012 à Dubai durant l'international film festival.samedi 8 décembre 2012
THE FOREIGN SON Sélection à Dubai Film Connection
Le Fils Etranger ( sous le titre The Foreign Son) fait partie des quinze projets sélectionnés à la Dubai Film Connection qui aura lieu du 9 au 16 décembre 2012 à Dubai durant l'international film festival.
Libellés :
guerre d'Algérie,
Le fils étranger,
magie,
selections
THE FOREIGN SON extended Synopsis and photos
Extended
Synopsis
We
are in Algeria. Over the image of a deserted cemetery, we hear a woman's voice,
soft and trembling. She recalls a painful childhood event in France, an event
like a nightmare, which her brother Omar freed her from at the time. No sooner
has she named him that the sea cornes into view, with the tiny shape of a ferry
in the distance. On deck is a man, Omar. He looks at the horizon and seems to
hear her voice. His sister "called" him, he is coming, and she knows
that he'll free her again.
Omar,
in his fifties, sets foot again on Algerian soil after a very long absence. In
the Oran harbour, where everything seems familiar yet foreign, a young girl
cornes up to him. She has recognized Omar. He hardly has time to catch sight of
her that she has vanished.
Out
oftown, a path seems set for him, and it is windy. Omar walks on foot and
without luggage. He loses himself between reality and myth in Algerian
landscapes that bring back no memories. His approach sets off clouds ofbrisk
coloured insects as big as birds. Even animals watch him coming. But in the
bright and lush wildemess, which seems virginal, the past of the country lies
heavily. The Algerian land greets her son and breathes dreams into him. Like a
woman, a mother, she unveils herself to him:
"Look at these children l raised and
fed, look at these trees, these fields, these hills which saw you born, look at
these dead that l carry. There are many young men among them. You had
disappeared and l dreamt of your dressed as a partisan like them. Look at this
barbed wire the army spread over the land of your ancestors, forcing them into
exile. Look at this child driven mad by the explosion of an antipersonnel mine.
Look at these peaceful animaIs and go towards the encounters that l offer you
... "
This
strange joumey will lead Omar to a paradoxical meeting with a country he hardly
knows and to intimate reunions.
As
if stepping out of a tale, Amina, the young girl from the harbour, reappears
here and there, superimposed as an image over the red earth. She is his guide
and his protection. Times mingle. Omar gets lost, lets go, finds the trace of
Emir Abdelkader's horsemen, and
of General Lyautey; he walks through hills where Algerian fighters died during
the war of Independence. On the docks of a harbour, he is mistaken for an
emigrant trying to stowaway aboard a cargo ship to escape Algeria at ail cost.
His
sister's voice accompanies him, dropping words along the way that tell the
homesickness of the country she lost - France. Omar walks the land of his birth
as if in a waking dream. He is told about a country emptied of its men, of ail
those who were eaten by France. Omar will have to let himself be carried away,
be un-spelled from that curse that ail exiles hold within them. Seeing him at a
loss, an old wise man will take him un der his protection in a zawiya, and the
spirit of a marabout will free him from that illness which the sheik calls
"father-sickness." It is only after many twists and tums that Omar
genuinely discovers his connection with fellow humans and the warmth of his
own. He finds his sister again, his father, and an uncle and cousins. Ali will
be reunited in the little Sidi Amar cemetery next to Wadi Kiss - the same that
we saw at the beginning of the film, but now crowded with myriads of children,
men, women, horses, musicians, and filled with food to celebrate the union of
the dead and the living.
His
horse loaded and shackled aboard the back of a pickup truck, a patriarch leaves
for exile. He gazes one last time at the hills, the fields, and sees two
children as if out of a folktale, chanting a poem, an ode to earth: We have
been kneaded together and we separated ...
An
unexpected retum of history will complete the meaning of that joumey.
Le fils etranger synopsis court et intention
Note d’intention.
« Tous les chemins sont circulaires et le parcours entrepris ne conduit jamais qu’à soi-même. »
Ibn Arabi
J’aimerais être français originaire d’un pays comme un autre, mais en France, l’Algérie n’est pas un pays comme un autre. J’y suis né, dans la même maison que mon père et mon grand-père, quelques bâtisses en torchis situées au pied d’une colline que domine un ancien fortin militaire. De ce poste, l’armée française surveillait le moindre mouvement aux abords de l’oued Kiss en contrebas qui fait frontière avec le Maroc. J’y suis né du temps où l’Algérie c’était la France. Mes parents y sont retournés définitivement il y a bien longtemps. Leurs corps sont là-bas, à l’étranger, et je reste avec l’idée qu’il y a quelque chose à recoudre, qu’il y a unehistoire d’ici- là-bas à raconter, non pas pour faire quelque leçon que ce soit mais pour éclairer. Le cinéma est une affaire de lumière.
Aujourd’hui la France semble être entrée dans une phase d’amnésie et de déni qui lui interdit de penser les conséquences de la perte de sa grandeur impériale. Nous, français d’origine algérienne, sommes les enfantsd’un Empire longtemps magnifié par la France. Nous sommes, comme l’a écrit Gramsci, le produit d’un processus historique qui a laissé en nous une infinité de traces reçues sans bénéfice d’inventaire. Le Chemin Noir, mon premier long-métrage, relevait déjà de cet inventaire.
En puisant à nouveau pour Le fils étranger au plus profond de ce qui me fait algérien et français, je creuse le même sillon tracé par mon film précédent, une voie cinématographique en bordure du champ politique. Jevoudrais qu’à nouveau, le cinéma s’empare d’éléments de l’Histoire, qu’il les mêle au réel et à la fiction pour raconter une histoire qui nous parle aujourd’hui. Pour un exilé volontaire ou forcé, le voyage au pays de naissance n'est pas un déplacement des plus simples, ce n'est pas du tourisme; il lui faut s'arracher pour traverser. J'ai des amis marocains, grecs, turcs, portugais, syriens, et autres... pour qui c'est de même. L’Algérie dans Le fils étranger sera hantée par la France. Ce sera d’une certaine manière un autre côté du miroir, comme un écho de la France que l’Algérie hantait dans mon premier long-métrage; je parcourais alors des territoires familiers, les lieux de mon enfance dans les vallées sidérurgiques de Moselle.
Le film qui s’écrit aujourd’hui laissera davantage place à l’inconnu, à la découverte avec ce que cela peut avoir de déroutant, mais aussi de bouleversant. Il conjuguera la réalité algérienne d’aujourd’hui avec un dialogue intérieur avec le passé et aussi avec des irruptions de l’Histoire algérienne que révèleront des images d'archives. Les réminiscences intimes se télescoperont avec le réel qui s'offre. La quête du fils étranger fera surgir des questions, celles qui m'habitent maintenant que j'ai de grands enfants et que je sais qu'ils n'ont presque pas connu leurs grands parents algériens et si peu l'Algérie. Pendant des années, je n'ai fait que reporter et reporter encore, avec les meilleures raisons, on en trouve toujours,le moment de faire une visite au pays natal, à ma mère, mon père, aux frères et sœurs de là-bas. Pourquoi? Je ne saurais le dire.
En 1987, je suis retourné visiter mes parents en Algérie après une parenthèse de quinze ans sans les voir. Ils n'étaient pas prévenus de ce voyage. Mokhtar, l’un de mes frères d'Algérie m'a prêté sa voiture pour aller d'Oran jusque chez eux. Quand ma mère a vu la 204 Peugeot s'arrêter devant sa maison, elle a pensé que c'était son fils Mokhtar qui venait chez elle, puis me voyant, elle ne m'a pas reconnu et avant de dire mon prénom - quinze années d'absence, c'est long! - elle a dit l'un après l'autre les prénoms de mes trois autres frères. Et quand elle a dit le mien, il s'est passé entre elle et moi ce que seul le cinéma peut rendre : cette seconde qui dure et dure et dure ... une éternité. Et pourtant, j'étais attendu puisque mes sœurs et ma mère m'ont révélé que la veille de ce jour, une jeune fille était venue demander de mes nouvelles. Alors que j'étais en pleine mer Méditerranée, quelqu'un que je ne connaissais pas savait que j'arrivais. Cette jeune fille, on la nomme « l'orpheline » dans la région de M'Sirda. Personne ne sait vraiment d'où elle vient. On lui donne à manger quand elle frappe à la porte, on écoute le peu qu’elle dit et on ne sait où elle est partie quand soudain elle disparaît. On dit aussi
qu'on la reconnaît à sa main droite qui a six doigts. Mon court séjour d’alors en Algérie s’est déroulé entièrement sous le signe du merveilleux, à fleur de peau. J’étais dans la lumière de l’île de naissance où on dit « Que Dieu garde ton ombre. »
Que sais-je du pays où je suis né ? Que sait du pays de ses parents un Algérien de France ? Franco-Algériens mais aussi Algériens d’Algérie, nous sommes tous comme perdus dans un labyrinthe. Qu’est-ce qu’être Algérien ? D’où venons-nous ? L’histoire de l’Algérie a été masquée, faussée, piétinée par la colonisation. Elle a ensuite été expurgée par le Pouvoir en Algérie algérienne et mise sous un gros caillou. Comme Thésée qui devait soulever la roche sous laquelle se trouvaient sandales en or et glaive qui lui permettraient de se faire reconnaître, nous devons remettre en lumière notre héritage pour pouvoir nous envisager un avenir. Ce que nous savons est un grand tissu plein de trous. C’est ce voile déchiré que Le fils étranger voudrait recoudre, ces grands pans de vide, ces trous de mémoire entre France et Algérie que le film veut visiter. J’ai retrouvé des photos d’un campement de soldats de Lyautey, à deux pas de là où je suis né. Parmi cette population que le futur Maréchal a rassemblée et à qui il s’est adressé en 1902, il y avait mes aïeux. Peut-être est-ce eux, habillés comme les cavaliers de l’Emir Abdelkader qui à cheval longent l’oued Kiss sur une autre photo prise à l’aube du XXème siècle.
Bien autre chose qu’un film de scénario, Le fils étranger est un film de sensations, il mêle de l’intime, du social, de l’historique, du poétique de façon impressionniste. Il imbriquera réel, archives et onirique dans un même fil narratif. Les mots seront rares et le rythme calme.
Le fil conducteur est un personnage de fiction, Omar, c’est lui le voyageur sans bagages. À suivre son parcours erratique, le spectateur pourrait être aussi perdu que le personnage, mais la voix-off d’Omar en contrepoint de celle de sa sœur Fatima dira des réminiscences, de petites choses implicites qui seront autant de clés de compréhension de l’histoire familiale de cet homme, de ce que peut-être il trouvera en Algérie. On apprendra que Omar n’est pas revenu au pays natal depuis deux décennies, qu’il doute même de savoir parler encore l’arabe algérien, qu’il a reçu la nouvelle de la mort de sa mère par le téléphone en France et que cela ne l’a malgré tout pas décidé à faire le pas, à briser ce mur invisible qui le sépare de l’Algérie. Omar ne sait si son père le reconnaîtra, pas plus qu’il ne sait s’il le reconnaîtra lui-même. Il se souvient de ce que lui avait dit le vieil homme de passage en France, il y a bien longtemps : « A te voir dans la rue, les gens pourraient penser que tu es trop Français pour être mon fils. Mais ta mère et moi savons que tu n’es pas un gaouri . Tu es un Arabe bien sûr… Tu es notre fils... et pourtant ... ». C’est sans doute ce « et pourtant » comme un « tu es mais tu n’es pas » qui occupe l’esprit de Omar alors qu’il chemine à la recherche de … Mais que cherche-t-il ? La maison natale bien sûr, tout semble y mener. Mais est-ce vraiment cela ? Est-ce son père ou sa sœur qu’Omar vient voir en chair et en os ?
Cet étrange voyage, ne serait-ce pas la seule manière pour lui de regagner sa part algérienne, de redevenir un « enfant du pays »? Le film sera concret, même si parfois le spectateur verra des choses qui pourraient s’apparenter à des « apparitions ». Nous nous serons simplement comme glissés dans la tête de Omar, cet homme dont nous suivons
le cheminement, pour deviner ce que son visage ne peut exprimer, ce trouble que provoque en lui l’acte de marcher sur la terre où il est né, de baigner dans la langue que tout petit, on lui a glissé à l’oreille. Fatima, sa sœur l’aura fait revenir en Algérie comme par enchantement et Amina, une jeune fille providentielle qui semble sortie d’un conte, sera là pour le guider et parfois l’accompagner dans son avancée. Elle est comme les yeux de Fatima, cette sœur qu’on ne verra qu’à la toute fin du film. Mais cette sœur est-elle vivante ?
L’Algérie est le personnage principal du «Fils étranger». Malgré la longue histoire qui la lie à la France, elle reste dans l’imaginaire du spectateur français un territoire obscur avec de-ci de-là en filigrane, un chameau, la silhouette d’un berbère, un homme bleu, une rose des sables, un islamiste égorgeur… Alors qu’on pense ne plus pouvoir trouver de terra incognita, cet espace algérien qui devrait être facilement appréhendable devient de plus en plus une zone d’ombre pour notre compréhension.
L’Algérie est un lieu de conte. L’espace y est « habité ». La magicienne Circé était dans ces paysages, Hérodote les a décrits, Ulysse y a marché, le géant Atlas y est devenu montagne. Pour Omar, c’est vertigineux d’être là. Il n’a que quelques bribes de souvenirs d’enfance. Il est sur une terre qui n'a existé jusqu'alors que dans sa tête, un territoire que l'absence et la distance ont mythifié et rendu un peu effrayant. Il lui faudra faire concorder pays imaginaire et pays réel pour pouvoir embrasser langue, couleurs, rythme, rituels, toutes ces choses qu’il connaît par cœur sans les connaître du tout, ces vieilles choses de bien avant lui qui le traversent.
En déroulant cette histoire dont l’enjeu est la question du « territoire », je cherche à embrasser avec tous les moyens du cinéma et avec le plus de sensibilité possible la complexité des liens entre France et Algérie. Et pour cela, c’est une forme singulière ni vraiment documentaire, ni vraiment fiction qu’il m’intéresse de trouver.
Dans le synopsis qui suit et qui ne peut qu’être approximatif, j’espère que les mots ne rendront pas trop lisses les surfaces troubles que je veux explorer et qu’ils ne limiteront pas le sens à ce qu’ils disent. À tout instant je suis dominé par la pensée qu’il y a là, dans Le fils étranger bien plus qu’une aventure personnelle. Et si j’ai le désir de cette immersion dans le pays où je suis né, c’est moins pour traiter un sujet que pour tenter de saisir ce que la recherche de l’étranger en soi peut nous révéler de nous-mêmes.
Aujourd’hui la France semble être entrée dans une phase d’amnésie et de déni qui lui interdit de penser les conséquences de la perte de sa grandeur impériale. Nous, français d’origine algérienne, sommes les enfantsd’un Empire longtemps magnifié par la France. Nous sommes, comme l’a écrit Gramsci, le produit d’un processus historique qui a laissé en nous une infinité de traces reçues sans bénéfice d’inventaire. Le Chemin Noir, mon premier long-métrage, relevait déjà de cet inventaire.
En puisant à nouveau pour Le fils étranger au plus profond de ce qui me fait algérien et français, je creuse le même sillon tracé par mon film précédent, une voie cinématographique en bordure du champ politique. Jevoudrais qu’à nouveau, le cinéma s’empare d’éléments de l’Histoire, qu’il les mêle au réel et à la fiction pour raconter une histoire qui nous parle aujourd’hui. Pour un exilé volontaire ou forcé, le voyage au pays de naissance n'est pas un déplacement des plus simples, ce n'est pas du tourisme; il lui faut s'arracher pour traverser. J'ai des amis marocains, grecs, turcs, portugais, syriens, et autres... pour qui c'est de même. L’Algérie dans Le fils étranger sera hantée par la France. Ce sera d’une certaine manière un autre côté du miroir, comme un écho de la France que l’Algérie hantait dans mon premier long-métrage; je parcourais alors des territoires familiers, les lieux de mon enfance dans les vallées sidérurgiques de Moselle.
Le film qui s’écrit aujourd’hui laissera davantage place à l’inconnu, à la découverte avec ce que cela peut avoir de déroutant, mais aussi de bouleversant. Il conjuguera la réalité algérienne d’aujourd’hui avec un dialogue intérieur avec le passé et aussi avec des irruptions de l’Histoire algérienne que révèleront des images d'archives. Les réminiscences intimes se télescoperont avec le réel qui s'offre. La quête du fils étranger fera surgir des questions, celles qui m'habitent maintenant que j'ai de grands enfants et que je sais qu'ils n'ont presque pas connu leurs grands parents algériens et si peu l'Algérie. Pendant des années, je n'ai fait que reporter et reporter encore, avec les meilleures raisons, on en trouve toujours,le moment de faire une visite au pays natal, à ma mère, mon père, aux frères et sœurs de là-bas. Pourquoi? Je ne saurais le dire.
En 1987, je suis retourné visiter mes parents en Algérie après une parenthèse de quinze ans sans les voir. Ils n'étaient pas prévenus de ce voyage. Mokhtar, l’un de mes frères d'Algérie m'a prêté sa voiture pour aller d'Oran jusque chez eux. Quand ma mère a vu la 204 Peugeot s'arrêter devant sa maison, elle a pensé que c'était son fils Mokhtar qui venait chez elle, puis me voyant, elle ne m'a pas reconnu et avant de dire mon prénom - quinze années d'absence, c'est long! - elle a dit l'un après l'autre les prénoms de mes trois autres frères. Et quand elle a dit le mien, il s'est passé entre elle et moi ce que seul le cinéma peut rendre : cette seconde qui dure et dure et dure ... une éternité. Et pourtant, j'étais attendu puisque mes sœurs et ma mère m'ont révélé que la veille de ce jour, une jeune fille était venue demander de mes nouvelles. Alors que j'étais en pleine mer Méditerranée, quelqu'un que je ne connaissais pas savait que j'arrivais. Cette jeune fille, on la nomme « l'orpheline » dans la région de M'Sirda. Personne ne sait vraiment d'où elle vient. On lui donne à manger quand elle frappe à la porte, on écoute le peu qu’elle dit et on ne sait où elle est partie quand soudain elle disparaît. On dit aussi
qu'on la reconnaît à sa main droite qui a six doigts. Mon court séjour d’alors en Algérie s’est déroulé entièrement sous le signe du merveilleux, à fleur de peau. J’étais dans la lumière de l’île de naissance où on dit « Que Dieu garde ton ombre. »
Que sais-je du pays où je suis né ? Que sait du pays de ses parents un Algérien de France ? Franco-Algériens mais aussi Algériens d’Algérie, nous sommes tous comme perdus dans un labyrinthe. Qu’est-ce qu’être Algérien ? D’où venons-nous ? L’histoire de l’Algérie a été masquée, faussée, piétinée par la colonisation. Elle a ensuite été expurgée par le Pouvoir en Algérie algérienne et mise sous un gros caillou. Comme Thésée qui devait soulever la roche sous laquelle se trouvaient sandales en or et glaive qui lui permettraient de se faire reconnaître, nous devons remettre en lumière notre héritage pour pouvoir nous envisager un avenir. Ce que nous savons est un grand tissu plein de trous. C’est ce voile déchiré que Le fils étranger voudrait recoudre, ces grands pans de vide, ces trous de mémoire entre France et Algérie que le film veut visiter. J’ai retrouvé des photos d’un campement de soldats de Lyautey, à deux pas de là où je suis né. Parmi cette population que le futur Maréchal a rassemblée et à qui il s’est adressé en 1902, il y avait mes aïeux. Peut-être est-ce eux, habillés comme les cavaliers de l’Emir Abdelkader qui à cheval longent l’oued Kiss sur une autre photo prise à l’aube du XXème siècle.
Bien autre chose qu’un film de scénario, Le fils étranger est un film de sensations, il mêle de l’intime, du social, de l’historique, du poétique de façon impressionniste. Il imbriquera réel, archives et onirique dans un même fil narratif. Les mots seront rares et le rythme calme.
Le fil conducteur est un personnage de fiction, Omar, c’est lui le voyageur sans bagages. À suivre son parcours erratique, le spectateur pourrait être aussi perdu que le personnage, mais la voix-off d’Omar en contrepoint de celle de sa sœur Fatima dira des réminiscences, de petites choses implicites qui seront autant de clés de compréhension de l’histoire familiale de cet homme, de ce que peut-être il trouvera en Algérie. On apprendra que Omar n’est pas revenu au pays natal depuis deux décennies, qu’il doute même de savoir parler encore l’arabe algérien, qu’il a reçu la nouvelle de la mort de sa mère par le téléphone en France et que cela ne l’a malgré tout pas décidé à faire le pas, à briser ce mur invisible qui le sépare de l’Algérie. Omar ne sait si son père le reconnaîtra, pas plus qu’il ne sait s’il le reconnaîtra lui-même. Il se souvient de ce que lui avait dit le vieil homme de passage en France, il y a bien longtemps : « A te voir dans la rue, les gens pourraient penser que tu es trop Français pour être mon fils. Mais ta mère et moi savons que tu n’es pas un gaouri . Tu es un Arabe bien sûr… Tu es notre fils... et pourtant ... ». C’est sans doute ce « et pourtant » comme un « tu es mais tu n’es pas » qui occupe l’esprit de Omar alors qu’il chemine à la recherche de … Mais que cherche-t-il ? La maison natale bien sûr, tout semble y mener. Mais est-ce vraiment cela ? Est-ce son père ou sa sœur qu’Omar vient voir en chair et en os ?
Cet étrange voyage, ne serait-ce pas la seule manière pour lui de regagner sa part algérienne, de redevenir un « enfant du pays »? Le film sera concret, même si parfois le spectateur verra des choses qui pourraient s’apparenter à des « apparitions ». Nous nous serons simplement comme glissés dans la tête de Omar, cet homme dont nous suivons
le cheminement, pour deviner ce que son visage ne peut exprimer, ce trouble que provoque en lui l’acte de marcher sur la terre où il est né, de baigner dans la langue que tout petit, on lui a glissé à l’oreille. Fatima, sa sœur l’aura fait revenir en Algérie comme par enchantement et Amina, une jeune fille providentielle qui semble sortie d’un conte, sera là pour le guider et parfois l’accompagner dans son avancée. Elle est comme les yeux de Fatima, cette sœur qu’on ne verra qu’à la toute fin du film. Mais cette sœur est-elle vivante ?
L’Algérie est le personnage principal du «Fils étranger». Malgré la longue histoire qui la lie à la France, elle reste dans l’imaginaire du spectateur français un territoire obscur avec de-ci de-là en filigrane, un chameau, la silhouette d’un berbère, un homme bleu, une rose des sables, un islamiste égorgeur… Alors qu’on pense ne plus pouvoir trouver de terra incognita, cet espace algérien qui devrait être facilement appréhendable devient de plus en plus une zone d’ombre pour notre compréhension.
L’Algérie est un lieu de conte. L’espace y est « habité ». La magicienne Circé était dans ces paysages, Hérodote les a décrits, Ulysse y a marché, le géant Atlas y est devenu montagne. Pour Omar, c’est vertigineux d’être là. Il n’a que quelques bribes de souvenirs d’enfance. Il est sur une terre qui n'a existé jusqu'alors que dans sa tête, un territoire que l'absence et la distance ont mythifié et rendu un peu effrayant. Il lui faudra faire concorder pays imaginaire et pays réel pour pouvoir embrasser langue, couleurs, rythme, rituels, toutes ces choses qu’il connaît par cœur sans les connaître du tout, ces vieilles choses de bien avant lui qui le traversent.
En déroulant cette histoire dont l’enjeu est la question du « territoire », je cherche à embrasser avec tous les moyens du cinéma et avec le plus de sensibilité possible la complexité des liens entre France et Algérie. Et pour cela, c’est une forme singulière ni vraiment documentaire, ni vraiment fiction qu’il m’intéresse de trouver.
Dans le synopsis qui suit et qui ne peut qu’être approximatif, j’espère que les mots ne rendront pas trop lisses les surfaces troubles que je veux explorer et qu’ils ne limiteront pas le sens à ce qu’ils disent. À tout instant je suis dominé par la pensée qu’il y a là, dans Le fils étranger bien plus qu’une aventure personnelle. Et si j’ai le désir de cette immersion dans le pays où je suis né, c’est moins pour traiter un sujet que pour tenter de saisir ce que la recherche de l’étranger en soi peut nous révéler de nous-mêmes.
Le Fils Etranger raconté en quelques mots.
Nous sommes en Algérie. Sur l’image d’un cimetière désert, on entend une voix de femme, douce, tremblante. Elle évoque un moment douloureux de son enfance en France, un moment qui ressemble à un cauchemar dont l’a libéré autrefois Omar, son frère. À peine a-t-elle nommé celui-ci qu’on voit la mer sur laquelle pointe la silhouette d’un ferry. Sur le ponton un homme, c’est Omar. Il regarde l’horizon et semble entendre la voix. Sa sœur l’a “appelé”, il arrive, elle sait qu’il va la libérer. Omar, la cinquantaine, va remettre le pied sur le sol algérien après une très longue absence.
Dans le port d’Oran où tout lui semble étrange et pourtant si familier, une jeune fille se présente à lui, elle le reconnaît. Il a à peine le temps de la voir qu’elle a disparu.
Hors la ville, un chemin semble tracé pour lui, il s’avèrera tortueux. Omar avance à pied et sans aucun bagage, il va se perdre entre vrai et merveilleux dans les paysages algériens dont il n’a aucun souvenir, il débusquera des nuées d’insectes colorés vifs et grands comme des oiseaux. Même les animaux seront là à guetter son passage. Mais dans cette nature qui est verdoyante, lumineuse et qui semble vierge, le passé du pays est là, qui pèse.
La terre algérienne accueille son fils et produit chez lui des rêves. Comme une femme, une mère, elle se dévoile à lui : « regarde ces enfants que j’ai élevés et nourris, ces arbres, ces champs ces collines qui t’ont vu naître, regarde ces morts que je porte. Il y a parmi eux beaucoup de jeunes gens. Tu avais disparu et je t’ai rêvé mort en habit de maquisard comme eux. Regarde ces barbelés dont l’armée a recouvert les terres de tes aïeux et les a forcés à l’exil. Regarde cet enfant à qui l’explosion d’une mine anti personnelle a fait perdre l’esprit. Regarde ces animaux paisibles et va vers ces rencontres que je t’offre…»
Comme sortie d’un conte, Amina, la jeune fille du port, lui réapparaîtra posée ici et là comme une image sur la terre rouge. Elle est son guide et sa protection. Les temps se mêleront. Omar se perdra, s’abandonnera, il retrouvera la trace des cavaliers de l'Emir Abdelkader, de Lyautey aussi ; il marchera sur les collines où sont morts des combattants algériens de la guerre d’indépendance, il sera pris dans un port pour un clandestin qui veut s'embarquer dans la soute d'un de ces cargos face à lui pour fuir l'Algérie à tout prix.
La voix de la sœur l’accompagnera en égrenant de-ci de-là les mots qui disent la douleur d'un pays perdu pour elle, la France. Omar arpentera sa terre de naissance comme dans un rêve éveillé. On lui parlera du pays vidé de ses hommes, de tous ceux que la France a mangés. Omar devra se laisser porter, se laisser désenvoûter de cette malédiction que tous les exilés portent en eux. Un vieux sage voyant le désarroi dans lequel il est, le prendra sous sa protection dans une zaouia, et c’est l’esprit d’un marabout qui lui enlèvera ce mal que le cheikh nomme le mal de père. Ce n’est qu’après tours et détours qu’Omar trouvera véritablement le contact avec les humains et la chaleur des siens. Il retrouvera sa sœur, son père et aussi un oncle et des cousins. Tous seront réunis dans le petit cimetière de Sidi Amar au bord de l’oued Kiss - le même que nous avons vu au début du film, mais il y aura foule, une nuée d’enfants, d’hommes, de femmes, de chevaux, de la nourriture et des musiciens pour une célébration de l’union des morts et des vivants. Mais Omar de quel côté est-il ?
Son cheval chargé et entravé sur le plateau d’une camionnette, un patriarche partira comme pour l’exil, il regardera une dernière fois les collines, les champs et y verra deux enfants comme sortis d’un conte et qui déclament un poème, une ode à la terre : nous avons été pétris ensemble et nous nous sommes séparés…
Hors la ville, un chemin semble tracé pour lui, il s’avèrera tortueux. Omar avance à pied et sans aucun bagage, il va se perdre entre vrai et merveilleux dans les paysages algériens dont il n’a aucun souvenir, il débusquera des nuées d’insectes colorés vifs et grands comme des oiseaux. Même les animaux seront là à guetter son passage. Mais dans cette nature qui est verdoyante, lumineuse et qui semble vierge, le passé du pays est là, qui pèse.
La terre algérienne accueille son fils et produit chez lui des rêves. Comme une femme, une mère, elle se dévoile à lui : « regarde ces enfants que j’ai élevés et nourris, ces arbres, ces champs ces collines qui t’ont vu naître, regarde ces morts que je porte. Il y a parmi eux beaucoup de jeunes gens. Tu avais disparu et je t’ai rêvé mort en habit de maquisard comme eux. Regarde ces barbelés dont l’armée a recouvert les terres de tes aïeux et les a forcés à l’exil. Regarde cet enfant à qui l’explosion d’une mine anti personnelle a fait perdre l’esprit. Regarde ces animaux paisibles et va vers ces rencontres que je t’offre…»
Comme sortie d’un conte, Amina, la jeune fille du port, lui réapparaîtra posée ici et là comme une image sur la terre rouge. Elle est son guide et sa protection. Les temps se mêleront. Omar se perdra, s’abandonnera, il retrouvera la trace des cavaliers de l'Emir Abdelkader, de Lyautey aussi ; il marchera sur les collines où sont morts des combattants algériens de la guerre d’indépendance, il sera pris dans un port pour un clandestin qui veut s'embarquer dans la soute d'un de ces cargos face à lui pour fuir l'Algérie à tout prix.
La voix de la sœur l’accompagnera en égrenant de-ci de-là les mots qui disent la douleur d'un pays perdu pour elle, la France. Omar arpentera sa terre de naissance comme dans un rêve éveillé. On lui parlera du pays vidé de ses hommes, de tous ceux que la France a mangés. Omar devra se laisser porter, se laisser désenvoûter de cette malédiction que tous les exilés portent en eux. Un vieux sage voyant le désarroi dans lequel il est, le prendra sous sa protection dans une zaouia, et c’est l’esprit d’un marabout qui lui enlèvera ce mal que le cheikh nomme le mal de père. Ce n’est qu’après tours et détours qu’Omar trouvera véritablement le contact avec les humains et la chaleur des siens. Il retrouvera sa sœur, son père et aussi un oncle et des cousins. Tous seront réunis dans le petit cimetière de Sidi Amar au bord de l’oued Kiss - le même que nous avons vu au début du film, mais il y aura foule, une nuée d’enfants, d’hommes, de femmes, de chevaux, de la nourriture et des musiciens pour une célébration de l’union des morts et des vivants. Mais Omar de quel côté est-il ?
Son cheval chargé et entravé sur le plateau d’une camionnette, un patriarche partira comme pour l’exil, il regardera une dernière fois les collines, les champs et y verra deux enfants comme sortis d’un conte et qui déclament un poème, une ode à la terre : nous avons été pétris ensemble et nous nous sommes séparés…
Un retour inattendu de l’Histoire finira de donner un sens à cette traversée.
Libellés :
Le fils étranger,
note,
photos,
résumé
il court il court Le Chemin Noir.
Le Chemin noir est toujours en salles, il a été projeté le 26 Novembre au TAP Cinéma à poitiers.
Il a fait un passage ensuite en cinéma nomade dans le parc du Livradois Forez à Billom, Vic le Comte, Saulxillanges et Cunlhat fin novembre et début décembre 2012.
La version sous titrée en anglais ( the Dark Path) est sur le site de Festival scope: https://www.festivalscope.com/film/the-dark-path
et sera présentée au FILMMART du Dubai International Film Festival: http://www.dubaifilmfest.com/en/industry/
Le 25 janvier 2013 Le Chemin noir sera projeté au festival du film arabe de Cherbourg, projection suivie d'une rencontre.
La première semaine de fevrier 2013, projection et rencontre avec les étudiants du Grinnell Collège à Grinnell dans l'état de l'Iowa aux Etats Unis.
Il a fait un passage ensuite en cinéma nomade dans le parc du Livradois Forez à Billom, Vic le Comte, Saulxillanges et Cunlhat fin novembre et début décembre 2012.
La version sous titrée en anglais ( the Dark Path) est sur le site de Festival scope: https://www.festivalscope.com/film/the-dark-path
et sera présentée au FILMMART du Dubai International Film Festival: http://www.dubaifilmfest.com/en/industry/
Le 25 janvier 2013 Le Chemin noir sera projeté au festival du film arabe de Cherbourg, projection suivie d'une rencontre.
La première semaine de fevrier 2013, projection et rencontre avec les étudiants du Grinnell Collège à Grinnell dans l'état de l'Iowa aux Etats Unis.
Libellés :
Le chemin noir,
projections,
selections
THE FOREIGN SON , Director's Note and photos
The
foreign Son, Director's note
1
would like to be a Frenchman born abroad, in a country like any other, but in
France Algeria is not a country like any other. 1 was born there, in the same
house as my father and grand-father - a cluster of clay dwellings at the foot
of a hill overlooked by a military fort at its top. From that position, the
French army could watch the slightest motion around wadi Kiss, which marked the
border with Morocco. 1 was born there in the times when Algeria was France. My
parents returned permanently a long time ago. Their bodies are there,
"abroad", and 1 am left with the idea that there is something to be
mended, that there is a "here-over there" story to be told, not to
give any lesson but to enlighten. Film is ail about light.
Today,
France is going through a phase of amnesia and denial which prevents it from
facing the consequences of losing its imperial grandeur. We, "French of
Algerian stock" are the sons of an Empire long chanted by France. We are,
as Gramsci wrote, the outcome of a historical process which left a myriad of
unaccounted for marks on us. My first feature film, The Black Path ( Le Chemin noir), was already
an effort at accounting for those marks.
With
The Foreign Son (Le
Fils Etranger),
1 will probe again the depths of what makes me Algerian and French, plough the
same path as in my earlier film - along a cinematographic way at the edge of
the political field. 1 would like to have the cinema take hold of historical
facts, and mix them with documentary reality and elements of fiction in order
to tell a story which speaks to us today.
Travelling
to one's native country is not the easiest of trips; it is not tourism, you
have to tear yourself from home to cross over. Many friends of mine - Moroccan,
Greek, Turkish, Portuguese, Syrian, etc. - feel likewise. This is why Algeria,
in The Foreign Son,
will be haunted by France, being in a way the other side of the looking-glass,
like an echo of how France was haunted by Algeria in my first feature. 1 was
then travelling around familiar territories, the places of my childhood in the
steel valleys of Lorraine. The film now in the making will leave more space for
the unknown, for discovery, with the bewilderment but also the overwhelming
emotion that it entails. It will associate today's Aigerian reality to an inner
dialogue with the past as weil as irruptions of Algerian history as revealed by
archive footage. Intimate reminiscences will coll ide with reality as it
happens. The quest of The Foreign Son will bring up some questions, those which
haunt me now that my children are grown up and 1 realize that they have almost
never known their Aigerian grandparents and seen so little of Algeria itself.
For
years, 1 kept putting off the time of visiting my native country, my mother, my
father, my brothers and sisters over there. Of course with the best reasons,
because can you always find some. Why? 1 couldn't say. In 1987, 1 retumed to
visit my parents in Algeria after a 15-year lapse of time without seeing them.
They weren't advised of my joumey. Mokhtar, one of my brothers in Algeria lent
me his car to drive from Oran to their place. When my mother saw the Peugeot
204 stop in front of the house, she thought it was her son Mokhtar coming to
visit. When 1 got out of the car, she didn't recognize me and before uttering
my first name - fifteen years of absence is a long time! - she said the names
of my four other brothers. Then, when she uttered my name, something happened
between her and me which only the cinema can express: that second lasting for
ever and ever. .. for an etemity.
1 was
expected, though, because my sisters and my mother revealed to me that the day
before, a young girl had come to ask about me. While 1 was in the middle of the
Mediterranean sea, someone 1 didn't know knew that 1 was arriving. This young
girl is called "the orphan" in the M' Sirda area. Nobody really know
where she cornes from; she is given food when she knocks on doors, people
listen to the little she says and when she suddenly vanishes, no-one knows
where she goes. They also say that you can recognize her to her right hand,
which has six fingers. My short stay in Algeria at the time unfolded entirely
under the sign of the marvellous, in a hypersensitive state. 1 was in the light
of the native island where you say: "May God watch over your shadow."
What
do 1 know of Algeria? What does an Algerian from France know of his parents?
French-Algerian, but also Algerians from Algeria, we ail seem lost in a maze.
But what is being Algerian? Where do we come from? Our history has been
trampled, lacerated. Then it has been expurgated by authorities in Algerian
Algeria and slipped under a big rock. Like Theseus, who had to lift the rock
under which were the gold sandals and sword which allowed him to be recognized,
we must bring our legacy to light in order to be able to think a future for
ourselves.
What
we know is a large fabric full of holes. It is this tom veil which The
Foreign Son
would like to mend, these great empty spaces, these memory holes between France
and Algeria, that the film wants to visit.
1
found some photos of a camp of Military Govemor Lyautey's soldiers, located at
a stone's throw from where 1 was bom. Among this population whom the future
Marshal gathered and addressed in 1902, there may have been sorne of my
ancestors. It may be them as weil, on another photo taken at the tum of the 20th
century, dressed like the horsemen of Emir Abdelkader, who are filing along the
banks of Wadi Kiss. Unlike a scripted movie, The Foreign Son is a movie of sensations; it
mixes the intimate, the social, the historical and the poetic in an
impressionistic way. It will clinch together the real, archives and the
phantasmagorical along a single narrative line. Words will be rare and the
rhythm peaceful. The film will be in colour.
The
thread of the film follows a fiction character, Omar, who is the foreign son,
the traveller without luggage. Along his erratic joumey, Omar's voice over
comments, in counterpoint to his sister's Fatima, bring out reminiscences and
unvoiced details which will be as many keys to understanding the family history
of this son, of what he may find in Algeria. 1 will play the part of Omar, and
my physical appearance explains that 1 can be viewed as a "foreigner"
in Algeria; if s what a character in my previous film, The Black Path, pointed to: "If l had
met you in another place, l would have mistaken you for a European ", and he added: "Have
you lost your Algeria or what?".
With the Foreign Son, 1 hope to go towards what 1 may
have lost, but also what 1 may have gained.
To
this end, 1 am interested in finding another way of telling through pictures,
sounds and editing - in finding a singular form, neither totally fiction nor
documentary. 1 chose not to dress Omar, "the go-between," in the
trappings of a classic narrative character, not to tum him into a construction
- with a detailed past, social ties and clear motives - because, just like the
character I played in The Black Path, 1 find it necessary to reveal of him
just what is necessary to this Algerian enquiry, since the main protagonist of
the film is Algeria itself. Omar wanders through Algeria as through in a waking
dream. He is a sensitive analyst steeped in opaque circumstances. Just like the
eye of the camera, he captures, immersed like a scuba diver in Algerian history
and present times. His inner feelings are not relevant, they will not matter
much until the time when, suddenly, Omar finds himself in his own world, in his
miraculously recovered family. Until then, he will be on screen the first
viewer of what happens under his own eyes, and the film viewer will be able to
project his own experience and views into him.
This
character whom the film viewer will move around, follow and question will
embody what we are trying to grasp. And my wish is that, through him, the
viewer will take hold of everything else.
We'll
leam that Omar has not come back to his native country in two decades; that he
even doubts he can still speak Algerian Arabic; that he received the news of
his mother's death by phone in France, and even that could not bring him to
extend himself, to break the invisible wall separating him from Algeria. Omar
has no idea whether his father will recognize him, no idea whether he will even
recognize himself. He remembers what the old man had told him upon a visit to
France, a long time ago:
"Seeing
you like that in the street, people might think that you are tao French ta be
my son. But your mother and me know that you 're not a gaouri. you 're an Arab,
of course ... You 're our son ... and yet ... "
It
is probably this "and yet," like a "you are but you are
not," which sits on Omar' s mind while he travels in search of - but what
is he searching for exactly? For his native hou se, of course, everything seems
to lead to it. But is that really it? Is it his tlesh-and-blood father that
Omar has come to see?
When
Omar eats, it is with calm and poised gestures; when he takes water in his palm
to drink it, when he bares a foot to refresh it in the water of a wadi, it will
each time be simple, primal, like a ritual. And if sometimes the viewer sees
things that he could liken to apparitions, it will be a sign that we slipped
into Omar's mind, in order to guess what his face does not register, the
disturbance of walking on the land where he was bom and dipping into the
language whispered into his ear as a child. His sister Fatima is the one who
evoked him to Algeria, as if by magic. But in order to find her, Omar will have
to lose himself, to let himself go and be carried, let himself be released of
the curse which ail exiles carry within them. Amina, the young girl who seems
to come "out of a fairytale," will be there to accompany him in his
joumey. She will be like Fatima' s "eyes" until we meet the sister herself,
only at the very end of the film. But is this sister alive herself?
Algeria
is a place of tales. Its space is "haunted." Magician Circe lived in
one of these landscapes, Herodotus described them, Ulysses walked through them,
and Giant Atlas tumed into a mountain there. It is a land of signs, and visual
choices will be paramount. The image will be more important than words.
Rhythmic, visual and sound correspondences - ail that work which will be done
in editing - will express Omar's hesitation, the sense of loss then, later, the
deep joy of reuniting with his relatives.
For
Omar, it is dizzying to be there. He has almost no memory. He is on a land
which, until then, only existed in his head, a territory that absence and
distance tumed mythical and a little scary. He will have to match up the
imaginary and real countries in order to embrace the language, colours,
rhythms, rituals, and ail those things he is familiar with without knowing them
at ail, those old things of weil before him which inhabit him. It is only after
twists and tums that he will truly get in touch with his fellow humans and the
warmth of his kin. All of them will be gathered in the little cemetery of Sidi
Amar, on the bank of Wadi Kiss, for a celebration of the reunion of the dead
and the living.
Could it be that this strange
joumey is the only way for Omar to regain his Algerian side, to become a
"native son" again?
In
unfolding this story, whose stake is the very issue of "territory," 1
am trying to embrace the complexity of the ties between France and Algeria with
ail the means of filmmaking, and as much sensibility as is possible. The
screenwriting still requires much looking for locations and meetings as weil as
searching for archive footage which will infuse sorne past into the present.
At
ail times 1 am animated by the thought that there much more in The Foreign
Son than a
private adventure. And if 1 feel impelled by this immersion into the land where
1 was bom, it is less to treat a subject than to try and capture what the
search for the "foreign" inside us can reveal of ourselves.
lundi 3 décembre 2012
DOHA FILM INSTITUTE
DFI
– FILM GRANTS & FINANCING
THE
FOREIGN SON
Screenplay
by ABDALLAH BADIS
This
project had a categorical appeal among the commission members in its
first presentation. Now in the finalized orientation and visual aims,
it is still a very notable and original project. The story is
credible, the fictive elements quite resonating and the narrative
scope engendering many significant details that add up to the viewer,
whether Algerian or global in references and walks of life.
It
is quite notable how the Algerian reality, monstrous that it is in
terms of contemporary history, would be fined through the interplay
of present and past and reconcile the Algerians in particular to
their sense of Algerian identity, to own it, to embrace Algeria in
this documented form, through the plight of a protagonist, by
resolve, more than self-indulgence. Furthermore, the global viewer
would find in this display, the deliberation of Providence into the
individual blueprint and would take from it charge and echo into
their personal life.
Structurally,
it satisfies the engaging necessity of a feature and it progresses
thematically and visually in such an overwhelming way. This is
obviously again the work of a very delicate and mastering filmmaker.
The project promises to be visually and thematically admirable adding
to its credence that arises from a state of suffering and projected
into flourish, though not bombast, intimately significant and
blossoming.
Courage
to the filmmaker to finalize this film. To wait for.
Sincerely,
DFI
Reading Committee
Nov
16, 2012
Libellés :
Le fils étranger,
note,
projet,
selections
dimanche 2 décembre 2012
LE FILS ETRANGER
Mon prochain long métrage "Le fils étranger" coproduit par Cactusco Films a obtenu la Contribution Financière du Centre National de la Cinématographie et de l'Image Animée ainsi qu'une bourse d'écriture et de développement du Doha Film Institute
J'ai été invité au Doha Projects en tant que grantee (lauréat) du 16 au 21 Novembre pour poursuivre la recherche de financements. J'ai pu présenter mon projet aux financeurs et collaborateurs potentiels, chaines de TV, Fonds d'aide au cinéma... etc, invités par le DFI lors du 4éme Doha Tribeca Film Festival .
ça avance
et j'espère pouvoir tourner en algérie dès le printemps prochain.
résumé du fils etranger:
J'ai été invité au Doha Projects en tant que grantee (lauréat) du 16 au 21 Novembre pour poursuivre la recherche de financements. J'ai pu présenter mon projet aux financeurs et collaborateurs potentiels, chaines de TV, Fonds d'aide au cinéma... etc, invités par le DFI lors du 4éme Doha Tribeca Film Festival .
ça avance
et j'espère pouvoir tourner en algérie dès le printemps prochain.
résumé du fils etranger:
« Appelé »
par l’Algérie où il est né et dont il n’a que des souvenirs d’enfant, Omar la
cinquantaine, y revient après une longue absence. Un chemin semble tracé pour
lui, il est tortueux. Une enfant providentielle va le guider. Dans cette nature
qui semble vierge, le passé de cette terre est là, qui pèse. Entre réel et
merveilleux, il va affleurer à travers des images d’archives. Cet étrange
voyage va mener Omar à la rencontre paradoxale d’un pays qu’il connaît à peine
et à des retrouvailles intimes avec une famille lointaine.
Answering the “call” of his native Algeria, of which
he only retains childhood memories, 50-year-old Omar returns there after many
years. There seems to be a path unfolding just for him, and it is tortuous. A
providential child will guide him. The apparently pristine wilderness is heavy
with the past of the land. Along a fine line between reality and fantasy, this
past will surface through archive footage. The uncanny trip will lead Omar to
paradoxically connect with a land he hardly knows, and allow his intimate
reunion with an estranged family.
Libellés :
Le fils étranger,
sélections,
soutiens
Inscription à :
Articles (Atom)








