Abdallah Badis

Comédien - Metteur en scène - Cinéaste

jeudi 5 juin 2008

Des personnages

Les repérages dans les vallées ouvrières m’ont fait rencontrer des personnages potentiels. Un lien s’est noué avec eux et je sais que je peux compter sur leur présence dans le film. Néanmoins le film restera ouvert à l’imprévu et aux autres rencontres qu’offrira le présent du tournage.


M’Hamed dit « Momo » est né en 1963. Quand son père adoptif, ouvrier aux chemins de fer de l’usine est venu en Algérie pour chercher sa femme et son fils Momo en 1970, le fils ne se souvenait pas avoir jamais vu le visage de cet autre père. Aujourd’hui Momo, habite une banlieue cité de l’agglomération messine. Il vit de mille et un petits boulots et s’occupe aussi de groupes de jeunes dans les quartiers. Fan de mécanique, il chine et vend dans toutes les foires et vides greniers. On le connaît dans toute la région pour les dépannages et coups de main qu’il a pu donner.
Rencontré dès les premiers repérages, j’ai trouvé en lui comme un alter ego, celui que j’aurais pu être si je n’avais quitté les vallées ouvrières, si je n’avais eu la « chance » d’échapper au destin tout tracé des fils d’Arabes. Pour Momo, cette rencontre est également bienvenue, ses préoccupations dans le moment se trouvent être proches des miennes: une histoire de père, de vieux père. Tous deux, nous sommes de la « première génération et demie ». Je découvre en lui un « frère » de traversée. Les vieux Arabes que nous avons rencontrés ensemble tantôt ont connu mon père, tantôt le sien et si Momo s’est tout de suite reconnu dans cette histoire, c’est qu’elle lui permet, lui aussi de faire sa quête.
« j’étais allé en Algérie en 1990 à la mort de mon vrai père, c’était la première fois que j’y retournais. J’ai débarqué à Oran et puis on est allé jusqu’à mon bled, Tiaret à deux cents Kilomètres plus au sud. Quand le taxi nous a déposés, je croyais être arrivé, mais il restait presque une heure à pied dans la caillasse. On nous attendait. C’était triste mais pas plus que ça. Une « chibaniya » m’a pris contre elle et elle m’a caressé longtemps la tête. On m’a dit que c’était ma grand-mère. J’ai demandé « et ma mère, elle est où ? » on m’a dit que c’était cette femme que je venais de voir courir derrière un bouc échappé. Elle l’avait rattrapé et renversé sur le sol. C’était ma mère, ma vraie mère, cette femme-là ! Tu sais, je ne comprenais pas pourquoi j’avais été adopté. On m’a dit « va parler à ton père », j’y suis allé… au cimetière, sur sa tombe et tu me croiras pas mais je te jure, il m’a répondu.
En Algérie, on ne dit pas adoption, on dit le « don », ça change tout. J’étais un don fait à des proches, ma tante paternelle et son mari « Moustache » qui ne pouvaient pas avoir d’enfants. J’ai 43 ans et j’ai l’impression que je ne sais rien. Maintenant c’est lui…Moustache, mon autre père, qui va disparaître … Il veut être enterré au bled. Comment on fait dans ces cas-là? Comment ça s’organise? Qui organise? Il va falloir que je l’accompagne jusque là-bas. Je ne sais pas si je le pourrai… et pourtant il le faut … et ma mère et mon fiston, qui va s’en occuper ici ? »

Mohamed. « L’enfant devenu boxeur » a la soixantaine. Belle voix grave. Boxeur, champion de Lorraine puis de France amateur, professionnel en 1969, il est arrivé en France en 1957 à l’âge de treize ans. Il y rejoignait son père. Il y eut une rafle sur le chantier où travaillait celui-ci, c’était la guerre d’Algérie. Le jeune Mohamed fut accueilli par des amis de son père qui lui trouvèrent où habiter et un boulot. Il fut très vite embauché au casse fonte manuel de l’usine. Il tient aujourd’hui un café restaurant. Mohamed boxait dans la catégorie Poids Lourds. Il a un visage léonin et une belle parole de père.
« … tu sais, je suis arrivé en France à 17 ans, je devais retrouver mon père à la sortie de l’usine mais il venait d’être raflé; on était en 60, c’était la guerre. Celui qui m’a recueilli chez lui, c’était un gars qui s’appelait Hammiche, un champion de boxe. Il tenait la salle de Joeuf. C’est lui qui m’a appris le combat. Il a été comme un père pour moi…
J’ai travaillé dans les hauts-fourneaux que tu vois là. Maintenant, c’est de la ferraille, ça tourne plus ici. Quand c’était jour de paie, les routes d’accès à la vallée étaient bloquées. Nous, on le savait, on ne s’approchait pas, on était des Algériens... Il y avait des dizaines de fourgons de police. L’argent arrivait en liquide. Des camionnettes à la queue leu leu, pleines. On attendait que ça se calme et, parfois le lendemain seulement, on venait prendre notre enveloppe. Le plus souvent, c’est le chef d’équipe qui nous l’amenait sur le chantier »

Tahar « le vieil oublié » est âgé de 73 ans. Il a travaillé au « train-parc » à l’entretien du réseau ferré de l’usine. Il vit au foyer Sonacotra. Il aurait une famille et des enfants en Algérie qu’il n’a pas revus depuis des décennies.
« Les lits dans les wagons du train parc, c’était pratique… On dort sur le lieu de travail, on mange sur place dans la cantine ambulante. Quand il n’y avait plus de travail, on s’arrangeait avec les copains pour rester dormir. Souvent on faisait le roulement dans le même lit. Tout le monde le savait, les chefs aussi… Et le patron, ça ne pouvait que l’arranger ; quand il y avait à nouveau du travail, on était sur place alors personne ne disait rien. Dans l’année, il y avait parfois quatre mois, cinq mois sans rien gagner ! Et pas de chômage, c’était comme l’intérim mais sans les allocations. Y’a du boulot, tu travailles, et quand y’a pas de boulot, heureusement y’a les cousins. »


N’Chibi « L’ouvrier musicien », 59 ans, de nationalité marocaine est arrivé en 1967. Jeune, il jouait au foot comme gardien dans différentes équipes par service de l’usine où il travaillait au concassage. Il a pris sa retraite il y a peu et depuis une fois par semaine, il va en dialyse. Ablation d’un rein. « je ne suis pas le seul, d’autres c’est les poumons ou alors c’est invisible, ils dépérissent tout d’un coup. On ne sait pas de quoi on est malade ». Chanteur, il a monté un orchestre de mariages et fêtes qui a tourné dans toute la région. N’Chibi parle de ses rêves de footballeur, Il évoque son amitié avec Mohamed le boxeur, tous deux se sont connus jeunes et ont habité les mêmes foyers, c’était du temps avant que lui-même se marie.
« Quand une chanteuse se produisait avec son groupe dans un des cafés arabes, des voitures venaient de toute la vallée, chargées d’ouvriers algériens. C’était plein à craquer, une fête. Je me souviens de quelqu’un d’Hagondange, de là où tu as grandi, ton père devait le connaître. C’était un bel homme toujours propre, on disait le zazou. Il était encore jeune et il avait une 404 presque neuve. Il était timide mais il savait résister aux filles, il n’allait pas avec elles, un homme sérieux… Comment s’appelait-il ? Il est mort à l’usine, meskine ! (Le pauvre). Au bled on a enterré une barre de fer; il était fondu dedans."

Hamama est née en Algérie et entrée en classe maternelle en France en 1967.
« Mon père m’a dit qu’il y avait une baraque ici, une sorte de grange en tôle. Les ouvriers y dormaient en roulement. Un jour, elle a brûlé. Et puis, il y avait des chambres au dessus des cafés. Des cafés, il y en avait plein l’avenue. Mais mon père ne veut pas tout me raconter. Il y a une sorte de pudeur ; la conversation est limitée surtout quand il est question de ça. Il n'ose pas me dire qu'il vivait pratiquement là, dans les cafés. Mais moi je me souviens qu'il rentrait au petit matin. J'ai vu une fois mon père ivre quand j’étais gamine. J’ai demandé à ma mère qui lui enlevait ses chaussures, pourquoi il était dans cet état. Je me souviens encore de la honte qui apparaissait sur le visage de mon père. Ma mère ne m'a pas dit qu'il était ivre. Elle riait. Et moi, je ne le reconnaissais pas. Aujourd’hui, il vieillit… Je ne l’ai pas connu. »

Rabah , « le retraité séduisant ». À soixante-dix ans passés, il est encore bien alerte. Il est arrivé avant 1950 en France et a travaillé comme accrocheur à l’usine. Il a fait de la boxe étant jeune. Il vit avec sa femme à Homécourt. Il retourne régulièrement en Algérie. Il est un habitué du Sonacotra où il connaît tout le monde.
« J’ai été à l’école à Alger quand j’étais jeune. Je connaissais tout de la France, les départements, les préfectures, les sous-préfectures. Quand j’ai voulu venir, je me suis débrouillé. Le bureau de la Main d’Oeuvre Coloniale ne voulait pas de moi: j’étais d’Alger, je savais écrire alors qu’eux, ils ne prenaient que des bergers descendu du douar. Je me suis débrouillé. À Marseille, j’étais camionneur et docker, hébergé par les cousins; puis je suis venu en Moselle, il y avait du travail. Et c’est ici que j’ai fait ma vie : marié, onze enfants. Mais je dis à ma femme : « au foyer, les autres ont besoin de moi. Quarante ans en France et ils ne savent toujours pas parler, lire, écrire; ils ont besoin de moi. »

Si Amar « le retraité bon père ». Rabah et Si Amar sont cousins. Habillé de vêtements modestes, mais impeccablement mis, portant une toque brune en astrakan, Si Amar est un septuagénaire très digne. Il a quitté la Kabylie en 1951. Son frère qui était déjà en France avait préparé son émigration à l’insu des parents. Si Amar est arrivé d’abord dans le Nord puis il s’est fait embaucher dans la sidérurgie lorraine. En 1961 il rencontre en France la femme qu’il épousera et avec laquelle il aura sept filles et deux garçons. Pendant près de trente ans, il n’est pas retourné en Algérie. Il vient d’y passer plusieurs mois. Comment se sont passées ces retrouvailles ? Si Amar aurait sûrement du plaisir à les raconter… mais pourquoi une si longue absence ?
« Quand je suis arrivé en France, là où tu vois le camp des Gitans, il y avait des baraques, dans lesquelles on dormait, nous, les ouvriers algériens employés par l’usine. Les baraques étaient collées au casse fonte mécanique. Ça faisait un bruit d’enfer jour et nuit. Juste à côté, on ne la voit plus, elle est envahie de ronces, il y avait la plate-forme en plein air où je travaillais avec des dizaines d’autres Arabes, on cassait la fonte à la masse, un travail de galérien, un travail d’Algérien.

Et puis il y a la famille algérienne dont cet oncle :

Abdelkader, l’oncle d’Algérie a 84 ans. Corps svelte et visage émacié, il porte une « rezza » brune, le foulard noué en turban autour de la tête.

« Les Français sont passés sur cette route, l’un d’entre eux savait bien parler en arabe et on l’entendait crier dans un haut parleur « Allez vous en, c’est une zone de guerre, vous ne pouvez plus y rester, traversez l’oued, allez au Maroc ! » Puis ils se sont installés ici. Ils ont mis des postes militaires sur les hauteurs. Et de celui-ci et cet autre (il en indique les directions), les Français surveillaient toutes nos terres, ils tiraient sur tout ce qui bouge le long de la frontière … Puis ils ont mis les barbelés et les mines partout, on a dû quitter la maison. Je me suis loué comme ouvrier agricole près de Berkane au Maroc. Je suis toujours resté par ici. Mes frères sont partis en France mais moi, je ne voulais pas m’éloigner de ma terre. La France c’était pas pour moi . Et regarde aujourd’hui, les vieux qui en reviennent, ceux qui en reviennent vivants, tous sont physiquement détruits. L’exil les a dévorés.
…Quand on est revenu ici à l’indépendance, c’était envahi de broussailles et de serpents; et la nuit, quand on dormait, on voyait les loups nous observer. Pendant sept ans, notre maison était devenue la leur.

mardi 3 juin 2008

lundi 2 juin 2008

Partager à distance le côté noir du chemin

Nouvelles de Lorraine.
Belles rencontres aujourd'hui. Tahar le vieil ouvrier arabe habite 6 mètres carrés dans un foyer où s'entasse toute la misère du monde, demandeurs d'asile, africains, kosovars, tchétchènes, de pauvres simples d'esprit français que la Dass n'a pas su placer ailleurs; Tout ce monde se tient par la main, le Kosovar camionneur arrive avec une petite gamine de trois quatre ans, joliment noire et qui est avec lui comme avec un oncle (c'est la petite d'une réfugiée voisine) Tout ça dans ce lieu de merde vivant et à mourir où étaient entassés jusque là exclusivement des travailleurs puis retraités arabes. Le monde change à une allure vertigineuse et les vieux 'Arbis n'y comprennent rien alors ils se mettent à l'écart, fin de vie.... mais le vieil Arabe, je l'ai vu ensuite, tiré à quatre épingles, on aurait cru de loin un zazou des années cinquante, il était à côté de sa BMV collector (le bobo la lui achèterait à je ne sais quel prix). La rencontre est émouvante. Un "monsieur" digne, pas de chiqué, et puis il y a la langue; comme je parle arabe, ça enlève tout de suite l'écorce.... il raconte le chemin pour aller à l'usine où on l'employait, dix kilomètres l'aller, dix le retour, le long de la rivière Orne, la neige quand c'est l'hiver, de la neige jusqu'aux genoux... il raconte la Poclain qui lui a défoncé la tête, jamais déclaré accident du travail... un beau personnage toujours vivant.
Il reste ici en plus de belles personnes, des lieux étranges et vraiment beaux, une entrée de mine, il n'y a plus de mine mais des bancs en pierre, la forêt à touche touche, des wagonnets à minerais posés ça et là, la salle des pendus, le bâtiment dévasté de l'ascenseur qui emmenait au fond, trois réverbères bizarrement debout et collés l'un à l'autre et dans cet endroit ouvert, un beau silence. C'est quand même un peu la Vallée des Rois tout ça.
Chaque chose en cache une autre, enfouie et c'est toute une histoire à ramener au jour...

Un grand vide

Et mon père est revenu en France

À sa demande, je prends ma voiture. Nous allons faire une balade. Il veut revoir son usine avant de repartir en Algérie.
Par la cité ouvrière puis par ce qu’on appelait le Chemin Noir et qui emprunte le tracé d’une voie romaine, nous atteignons l’ancien portier de l’usine, celui par lequel mon père rejoignait son poste aux fours à chaux. Nous tournons le dos au bois qui aujourd’hui abrite un monde de loisirs et de machines à sous.
Ce devrait être là devant nous ! Mon vieux père cherche du regard la forme sans angles de l’ancienne cimenterie à laquelle la poussière laiteuse qui s’était accumulée avec le temps donnait l’aspect d’un habitat troglodyte.
Il pointe le doigt, voudrait me la montrer. Il cherche du regard les grandes halles abritant les laminoirs, les chaudrons géants de l’aciérie et plus à droite, en direction de Maizières les Metz, l’alignement des hauts-fourneaux.Rien de tout cela. Plus rien ! Il n’y a plus que cet espace blanc sale, un terrain vague envahi par les bouleaux et les saules argentés.
Je vois sur le visage de mon père l’effarement dans lequel le plonge cette disparition. Il reste sans voix. Etait-ce bien là qu’il avait travaillé?
Après avoir déchaussé ses lunettes, il les essuie méthodiquement, puis les remet. La vision reste cruellement la même, un grand vide. Avait-t-on profité de sa vieillesse et de son éloignement pour escamoter avec l’immense usine, toute trace de son passé de manœuvre en France ? Une vie pouvait-elle s’effacer comme ça ?
Il se pose la main sur la tempe. Il ne dit rien. Il n’y a rien à dire. Il est inquiet, alors il rit. Et comme toujours quand il est dans l’embarras, il se racle la gorge. Il faut partir.
Nous avons rejoint la Moselle et emprunté la rive droite en direction de Metz avec pour seul paysage, les arbres, l’herbe des prés et la route …
Sans rien se dire.

dimanche 1 juin 2008

Financement Ile de France

la région Ile-de-France a accordé 72 000 euros chacun à trois documentaires cinématographiques : Gerboise bleue de Djémal Ouahab (Kalame Films), Le chemin noird’Abdallah Badis (La vie est belle Associés) et Free radicals de Pip Chodorov (Sacrebleu Productions).

Fabien Lemercier

lundi 4 juin 2007

Politique

D’où vient que les prisons sont pleines d’Arabes et de noirs ? Parce qu’ils font partie des classes pauvres bien sûr. On devrait dire: font « encore » partie. Combien de générations faut-il pour en sortir des classes pauvres… et dangereuses? Même de la troisième génération et plus, interdits de centre ville, ils sont parqués dans un environnement qui nourrit l’envie de hurler et de s’overdoser de toutes les saloperies possibles. Et l’usine qui réunissait, Y a plus ! Qui les voit vraiment ces Arabes, ces noirs, qui les voit comme ils sont. C’est vrai, quelqu'un a évoqué le bruit et l’odeur !?!?
Bien sûr des fils d’arabes déconnent ; des garçons surtout déconnent à mort. Déconnent et meurent. Ouvrez le journal. Lisez !  Des cousins, tous. Comme des fils.
Les filles : Catherine, Leila, Chloé, Jamila, ça a fait émulsion, on ne fait plus vraiment la différence. Enfin… presque plus. Il traîne secrètement dans la République un reste du rêve orientaliste du Harem. Aux vaincus, aux dominés on prend les femmes butin, et pas seulement pour décorer les pages mode, pour les dévoiler et les marier, mais pour nourrir le trottoir aussi. Arpentez certaines rues près des gares. Congolaises, marocaines, Ghanéennes, asiatiques, Toutes les anciennes colonies sont représentées et aujourd'hui les filles de l'est.
Les filles mariées mixte, ratage, ratage, gâchis. Alors annonce sur internet, elle reviennent vers les cousins : Malika cherche son Mohamed ou plutôt son Ryan. Mohamed même pour les Arabesses khoroto, ça pourrait fait trop péquenaud bougnoule; au fait bougnoule ça ne viendrait pas de bougnat l’auvergnat tout noir qui ramone ou vend le charbon ? Non ça vient du Wolof et ça veut dire nègre.
Combien de ces femmes entre trente et quarante ans, après un, deux, trois essais de couple mixte se retrouvent soudain ravagées intérieurement, perdues. Fatalité de la naissance. La fatalité de la naissance, portée comme le mauvais oeil ! Perdues et mûres pour être alpaguées par la première secte venue, elles s’accrocheront aux antidépresseurs ou alors héroïnisée, elles rejoindront le rayon viande à sexe, comme du temps des bêtes de somme, les bics, les gris, les ratons, les sidis, les crouilles, les blédards célibataires qui encaissent sans rien dire. Du temps des cafés hôtels où on monte, les rades à putes à deux balles. « Opéra de quat’ sous » version « paravents ».
Ca commence par un boulot de serveuse : les cheveux blondissent, Kheira devient Sonia, Fatima, Sandrine et roulez fortune.


Les garçons, eux les garçons, quoi foutre des garçons s’ils vous renvoient la brouette et le pic à la gueule ? Ailleurs qu’à la cave, Abderrahmane et Philippe, y’a pas photo, l’émulsion ne prend pas, surtout en période de hantise du sarrrrrrrazin musulman violent fanatique violeur.
Pour les garçons, c’est du tout cuit, même bac + x : « Monsieur Abderrahmane, la Mission locale vous attend pour un entretien, vous serez reçu par Samira. Entre éclopés, on s’occupe mieux les uns des autres . Si c’est Ramadan, Samira vous proposera un horaire de rendez-vous qui vous conviendra. Ça l’arrangera, elle aussi, elle…enfin ….vous voyez… elle aussi….mais elle ne porte pas de foulard, elle au moins.

Il y a un peu le bordel dans la république. Y traîne une odeur de sang.
La France, un trou de verdure…et Lui, l'autre, retrouvé au pied du commissariat… Il a …un trou au côté droit.

Le monde change. Modernité molle, chloroforme, violence épouvantable aux allures de marshmallow, nous mène droit à la boucherie, allons y gaiement surtout, c’est la fête ! Allons les pauvres, faites pas la gueule! Grattez et vous gagnerez le million. Votre pauvre vie reverdira : les Seychelles, les grandes et belles Ukrainiennes, le yacht, la grande vie. Table rase sur le passé ! Dégage tout ce qui gêne, te casse pas le cul ! Mise, parie, gratte ton tacotac, on va vers la préhistoire et la sauvagerie, mais c’est excitant, vu de là où tu seras.
Mise, parie, n’aie pas peur! Ton petit paradis aura un mur d’enceinte de sept mètres de haut. La sécurité, on s'en occupe. Allez champion, fait le grand huit sur les montagnes russes, c’est grisant !

La peur de son ombre a de l’avenir. Les aveugles et sourds pullulent, le futur rutile, c’est joyeux. Entendez vous dans nos campagnes… Les loups ! Hoouh ! bouhhhh, l’immigration est partout !!!!! …Qu’un sang impur… Arabe, nègre, manouches. On est envahis, on n'est plus chez nous.
Que fait la poli…..tique ? La droite joue le chaud froid, caresse et bâton. Regarde la main affectueuse de Villepin sur la tête du gône Azzouz. Tu décores. Tu te tiens à carreau ou hôpital psy prison. Mes couilles ou dégage ! La gauche. !?!? Où ça, la gauche ? C’est quoi, la gauche ? C’est bien pensant ça lui suffit. Social—liste. Et puis la laïcité quoi merde !
Indifférente et pleurnicharde ! La gauche est partie à la pêche à la ligne.
Et Rosa Luxembourg n’est plus de ce monde.

Mais au fond, d’où vient que les prisons sont pleines d’Arabes et que les résidents jeunes de ces autres Sonacotra que sont La Santé, Fresnes, Charles III, Clairvaux, soient si perméables aux délires  du premier illuminé venu.
Tous les titis arabes habitent la France, mais dans la cave. Ils sont français mais dans la merde. Contrôlés, bousculés, Insultés. Massacrés dans les commissariats, tirés comme des lapins dès qu’ils approchent une voiture.
Les p’tits gars sont français et veulent réhabiter la maison du Grand Muet, le père. Légitime non ! Reconstruire la maison et la garder dans leur jardin français. Pourquoi pas, où est le danger ? Mais la maison du père est en ruine. Il ne leur a rien transmis. Une expérience de bête, comment ça peut se transmettre ? La maison, ils n’en ont aucune clé. Guidés par des aveugles, Ils rentrent par un trou dans le toit, et la maison prend l’eau, ils dorment sur la table, mangent dans la baignoire, font des prières sur le lit. Ils saignent et pour ne pas mendier, ne pas pleurer, ils élèvent un mur entre eux et les autres. Ça les arrache à la dope, la fidèle frangine mortelle, c’est déjà ça. Mais ils ne savent pas habiter la maison, elle devient vite ruine, on les guette . Leur maison est un château de cartes branlant qui peut s’écrouler sur eux et dans ce cas, on a prévu, spécialement pour eux, Guantanamo. Plus sophistiqué que Fresnes n’est-il pas ? Chirurgical mon cher Watson !
Ils croient avoir trouvé la maison, mais ils n’en ont pas la clé. Cette clé, ne serait-elle pas dans la bouche du père vivant et disparu en même temps et dont le fantôme rode dans les ruines de l’usine ? On a fondu et recyclé les tas de ferrailles, on a démonté et expédié des usines entières en Bulgarie, en Chine. On a recouvert les sites usiniers de pelouses et de parcs morts. On a tué le travail qui unit. Loisir aujourd’hui, loisir ! Par ici. 1 jeton un euro, dix euros les vingt.
Et le grand muet? Le vieux ‘Arbi, le père, est avec d’anciens du foyer. Ils ont reconstitué la chambrée de célibataires, dans le local première cave à gauche du bâtiment Cité Radieuse. Ecoutez le choc des pièces de plastique sur le formica. Les pères, qui n’ont jamais voulu faire de vagues, jouent aux dominos. Ils veulent que tous les corps soient enterrés au bled.
Depuis le temps de mon enfance, bien des choses ont bougé, en bien pour moi, en rien ou c’est pire encore pour beaucoup d’autres fils qui sont mes cousins.
Mes parents sont au bled. Ils sont en paix. D’autres vieux sont là et traînent leur malheur jusqu’au foyer d’isolés. Une sordide salle d’attente avant le caisson plombé et la Joliette à Marseille pour une dernière traversée. Les gamins enragés font flamber les prisons. D’autres, les meilleurs de la classe ou au foot, occupent la scène. Les vrais beur-rançais mangent même ostensiblement du porc. On n’est plus des sauvages ! modèles d’intégration ! … et Zizou offre son maillot du Réal à Sarkozy.
La voix du frère dévoré le laissera-t-elle dormir tranquille ?

J'écris noir et blanc de rage et en douceur.
Pour le beau neveu, le turbulent, le délinquant qui se rêvait chanteur et qu’on a ramassé crevé au pied d’un immeuble. Overdose. Pour Belkacem qui rêvait de montrer sa belle 404 au bled et qu’une poche de fonte a dissous, pour ma mère et mon père sous leurs pierres que 1500 Kms séparent de moi.
Et aussi pour ces vieux oncles ouvriers qui circulent, qui à pied, qui à bicyclette et cherchent des yeux leur usine. Perdu le bled, perdue l’usine !

écrit en résidence à Lussas 2006
http://www.lussasdoc.com/masteredd.html