Le Chemin Noir est en bonne compagnie au
il est projeté
au cinéma l'Odéon à Cherbourg le 23 Janvier à 16h
au cinéma Palace à Erqueurdreville- Haineville le 25 janvier à 20 heures
projection suivie d'un débat en présence du réalisateur.
puis au cinéma Odéon Cherbourg,
dimanche 27 janvier 20h
et lundi 28 Janvier 22h.
bienvenue au club!
festiar
...
dimanche 20 janvier 2013
samedi 8 décembre 2012
LE FILS ETRANGER
Notes
de réalisation
Le film sera en couleur et en 1/85. Nous le tournerons en HDCam.
Je souhaiterais être accompagné dans cette aventure par Claire Mathon, la même
chef opératrice qui a fait l’image de mon précédent film Le Chemin Noir, et ceci pour son savoir-faire
technique, sa sensibilité artistique mais aussi pour ses qualités humaines qui
sont précieuses en tournage ouvert avec des acteurs non professionnels.
Hors le port d’Oran, toutes les images seront tournées dans le
territoire des M’Sirda où je suis né, à l’extrême Nord-ouest de l’Algérie.
À l’image, j’interpréterai Omar. Le cimetière final où nous
tournerons est celui où sont enterrés mes grands-parents et tous ceux dont je
viens. La sœur de Omar sera ma vraie sœur, son père, le mien et les autres
personnages à une exception près seront de vraies personnes.
En situation de tournage du Fils étranger, je guetterai ce
qui est fragile, je l’espérerai et pour cela, nous serons ouverts à l’imprévu
qui j’en suis sûr nous offrira bien mieux, bien plus vrai que ce que j’aurais
pu écrire. Les personnages ne sont qu’esquissés dans le synopsis. Les personnes
qui seront choisies pour les incarner à l’image le seront parce qu’elles
correspondent à ce que je recherche et parce qu’elles connaissent et sauront intimement
être ce qui intéresse mon film. Elles n’auront pas besoin de
« composer ».
Je m’adresserai à un danseur un peu particulier pour habiter le
personnage de Lahcène l’égaré. Je l’ai vu danser au théâtre national d’Alger en
clôture d’un stage dirigé par Abou Lagraa, le chorégraphe algérien de la
compagnie « la baraka ». Avant ce stage il n’avait jamais participé à
de la danse contemporaine officielle. Je provoquerai la rencontre
entre ce danseur et la personne
qui m’inspire le personnage de Lahcène. Je suis sûr que sans chercher à
l’imiter, il saura habiter son propre corps de la douleur et de la frayeur du
vrai Lahcène. À l’image, je lui demanderai d’être dans l’économie et la retenue
souvent mais sans doute une seule fois en pleine nature, laissant libre cours à
son inventivité brute et à cette énergie considérable que j’ai vue se dégager
de lui, offrira -t-il une expression dansée fulgurante et sauvage du courage
mêlé de désespoir qui peut habiter la jeunesse algérienne.
Une voix-off accompagnera le film ; elle sera à la première
personne. Ce sera celle d’Omar ou celle de sa sœur. Ce ne sont pas des voix
« psychologiques » qui expriment des états d’âme, ou une intelligence
de la situation qu’elles accompagnent. Comme on l’a lu dans les exemples donnés
dans le traitement, elles disent un moment du passé de ces frères et sœurs, une
petite chose qui est restée en marge, en suspens dans leur mémoire. J’imagine
les voix-off se poser souvent sur des images rapprochées d’Omar, son corps, son
visage, avec un mouvement de caméra à peine sensible comme si on tournait
autour lentement pour se glisser dans sa tête et parfois y lire un rêve. Les
cadres rapprochés sur le visage de Omar seront rares, ils auront pour fonction
de donner des respirations au film, des respirations actives pendant lesquelles
le spectateur se fera son histoire en même temps que Omar se demande ce que
peuvent bien vouloir dire ces choses qu’ils a vues, ces paroles qu’il a
entendues ou ces rêves qu’il a fait. Inutile de chercher sur son visage des
marqueurs : étonnement, désespoir, ou espoir. C’est l’importance que son
corps occupe dans le cadre qui dira l’état dans lequel il est. Quand il est un
point dans l’image, il est perdu.
Dans la séquence du port de Ghazaouet, quand Omar fera la
rencontre de ce jeune homme qui vide son sac et dit dans sa
logorrhée : « mon pays, il est là… dans ma tête …», c’est l’emetteur
qu’on verra essentiellement, le visage de cet homme qui occupera l’image et on
ne reviendra qu’en fin de séquence sur Omar chez qui résonnent les mots de ce
jeune homme désespéré et lucide.
Les archives choisies seront essentiellement celles du point de
vue algérien, plutôt pause ou marche de combattants qu’images de bataille. Elles
n’auront pas la fonction de documents objectifs. La guerre d’Algérie a fait
plus d’un million de morts algériens, il y en a eu d’autres bien avant et la
récente décennie sanglante a fait deux cent mille victimes. Sous les yeux de
Omar, ce sera comme si pendant de petits moments ces morts revivaient devant
lui pour qu’il s’imprègne d’eux pendant qu’il avance sur cette terre. Comme si
pour l’adopter, cette terre algérienne avait besoin qu’il fasse sien tout ce
qu’elle recouvre, ce qu’elle a « dans le ventre », tous ces enfants
qu’elle a perdus, toutes ces habitations paysannes que la guerre a brûlées ou
rendues désertes…
Je demanderai à l’Ina la
possibilité de visionner leurs archives. Je demanderai aussi leur soutien. Leur
accompagnement serait précieux tout comme il l’a été pour mon précédent
long-métrage.
Il y aura aussi le son,
bruit d’hélicoptère, d’avion ou rafales d’armes à feu et même parfois
simplement un coup de fusil qu’on entendra dans la nature vierge sans qu’on
sache si c’est un souvenir de la guerre d’Algérie passée ou le présent de
l’armée algérienne qui traque des islamistes, ou encore un chasseur dans les
taillis qui couvrent les collines.
Le son sera tout le temps du
film un élément très important puisque Omar qui avance un peu de manière
hypnotique est comme aveugle et comme l’aveugle il sera tout ouïe. C’est par
exemple le son d’une mobylette qui passe au loin qui pourra faire affleurer
tout frais le souvenir de la mobylette d’un grand frère qui emmenait Omar
enfant au bord de la Moselle en France ou le bruit d’une tronçonneuse à métal
qui rappellera les usines de France où Omar a travaillé. Le son ne sera pas
systématiquement en prise directe avec ce que nous verrons à l’image et le sens
d’une séquence naîtra souvent du frottement entre image, son et parfois
voix-off, chacun de ces éléments ayant sa ligne propre comme des instruments
sur une partition.
On entendra sans doute quelques musiques dans le film, ce seront
celles que Omar porte en lui, musiques contemporaines d’inspiration très classique
comme celle d’Arvo Pärt quand Omar est noyé dans la nature, mais aussi jazz -
Art ensemble de Chicago ou Archie Shepp par exemple- quand il y a rencontre
avec les harragas, tous ces jeunes gens qui veulent partir mais
partir où ?
L’image sera bien plus
importante que les paroles. Correspondances rythmiques, visuelles et sonores,
tout ce travail que nous ferons au montage exprimeront l’hésitation d’Omar, le
sentiment de perte puis plus tard la profonde joie des retrouvailles avec les
siens.
Comme on l’a lu, Omar est
toujours à pied. Une seule fois on le verra descendre d’une voiture. C’est un
taxi jaune qui l’aura déposé devant la sorte de forteresse qu’est devenue la
maison où il est né et où il rencontrera son vieil oncle et sa tante. Au montage,
nous ferons en sorte que le passage de ces taxis jaunes sur ces routes qui
tournent soit ressenti comme une menace. C’est bien une de ces mêmes voitures
qu’Omar a vue alors qu’il quittait la ville portuaire au début du film. Elle
transportait un cercueil et semblait habitée de fantômes. Ces voitures qui
rodent, c’est comme si c’était lui qu’elles cherchaient, comme un prédateur, sa
proie. Métaphore de cette peur qu’a sans doute Omar, peur de la rencontre des
siens vers laquelle il avance, de ce qu’elle va provoquer en lui, peur d’y
laisser sa peau et d’être lui aussi transporté comme un cadavre. Peur de passer
« de l’autre côté » et de ne plus retrouver le chemin pour revenir à
la vie qu’il a quittée en France. Nous ferons en sorte ma monteuse et moi que
cela soit léger, que cela puisse effleurer l’esprit du spectateur sans plus.
Mais ce dernier aura d’autres raisons d’imaginer que ce voyage est une
traversée, un passage « au pays des morts ». En effet le cimetière
familial est désert quand Omar y arrive la première fois. Quand il le
retrouvera plus tard, il sera très peuplé, son père sera là, sa sœur aussi,
figure tragique, habillée en noir, des cavaliers comme ceux de l’Emir Abd El
Kader et cette musique qui provoque la transe. De quel côté sera-t-on ?
La narration emprunte au
conte. C’est le pays et son Histoire qui viennent à Omar, qui se découvrent à
lui. Omar est déplacé plus qu’il ne se déplace comme si ce voyage était un rêve
qu’il fait ou plutôt qu’aurait fait naître en lui Amina, la petite fée du conte.
Pour autant Amina ne sera pas un personnage hiératique. Elle sera très réelle,
rira, jouera comme les enfants le font et pourtant c’est bien elle que nous
découvrirons veillant sur le sommeil de Omar, faisant pour lui ce qu’il n’a pas
fait, visiter la tombe de sa mère. C’est Amina qui lui mettra une tortue dans
la main comme un animal qui apaise, comme pour dire avance sans crainte, tu es
sur le bon chemin. Amina pourra
être perçue comme les yeux de la nature algérienne qui couvent ce fils qui
revient, mais aussi comme les yeux de Fatima, cette sœur dont on ne saura si
elle est vivante ou morte.
C’est une histoire de terre
dont il s’agit. Les paysages où nous tournerons sont à deux pas de la mer. Mais
nous cadrerons de manière à ce que le ciel bleu d’Algérie et la mer soient
bord-cadre ou évacués autant que possible de celui-ci. La mer qui aura occupé
tout l’écran au tout début du film, nous ne la reverrons qu’à la toute fin pour
ce qui sera son épilogue. La nature algérienne s’est mise sur son « trente
et un » pour la venue de son fils. Elle est rugueuse et belle, comme
vierge : étendues d’herbes sauvages, rochers, arbres, fleurs, animaux,
sous une lumière douce de printemps. Le spectateur sera libre d’imaginer que ce
berger qui attrape un agneau pour le jucher sur ses épaules et le ramener au
troupeau est peut-être Jason, le Jason en quête de la toison d’or.
Libellés :
algérie,
emir Abd el Kader,
guerre d'Algérie,
Le fils étranger,
notes
THE FOREIGN SON note
Director’s Statement of Intent
The film
will be shot in colour in 1:85 widescreen format on HDCAM. I would like to be
accompanied in this adventure by cinematographer Claire Mathon, who
photographed my previous film, Le Chemin Noir, whose technical know-how and artistic
sensibility is matched by her humane qualities which are precious assets when
shooting with non-professional actors.
Apart from
the Oran harbour, all pictures will be shot in the M’Sirda region where I was
born, in the top North-West corner of Algeria.
On screen,
I’ll play Omar. The final cemetery where we’ll shoot is where my grand-parents
and ancestors are buried. Omar’s sister will be my real sister, his father,
mine too, and the other characters, except for one, will be genuine Algerian
people.
While
shooting The Foreign Son, I’ll be on the lookout for what is fragile, hoping to capture it, and
to this end, we’ll be open to the unexpected which will surely offer us much
better, much truer material than what I could write. Characters are merely
sketched in the synopsis. People will be chosen to embody them onscreen because
of how they match what I’m looking for and how they know and can intimately be
what my film is involved in. They won’t need to “act out.”
To inhabit
the character of the deranged Lahcene, I’ll approach a particular dancer I saw
dance at the Algiers National Theatre at the end of a training session directed
by Abu Lagraa, the Algerian choreographer of “la Baraka” company. Before that
session, he had never taken part in any official contemporary dance. I’ll have this dancer meet
the real person whom the Lahcène character is based on. I’m sure that without
trying to imitate him, he’ll know how to endow his own body with the pain and
fright of the original Lahcène. Before the camera, I’ll often ask him to act
with economy and restraint. Once, however, releasing his raw creativity and
fantastic energy in the heart of nature, he will display a wild, striking
danced figuration of the courage mixed with despair that may inhabit theAlgerian
youth.
A
voice-over will thread along the film: it will be in the first person. It will either
be Omar’s or his sister’s voice. They are not “psychological” voices expressing
feelings or a perception of the situation onscreen. As presented in the
examples of the treatment, they tell of a time in the past of the siblings, of
a little detail remained on the side, suspended in their memory. I imagine
these voices often speaking over close shots of Omar’s – his body, this face –
with an almost imperceptible camera movement, as if we circled slowly around
him to slip into his head and read an occasional dream. Close shots of Omar’s
face will be rare, aiming to provide breathing spaces in the film during which
the viewer will actively make up his own story while Omar wonders about all
these things he saw, the words he heard or the dreams he dreamt. Nothing in his
face will show his state of mind – surprise, despair or hope. It will be the
size of this body within the frame that will tell the state he is in. For
instance, when he is a dot in the picture, he is lost.
In the
Ghazaouet harbour sequence, when Omar meets that young man who spills his guts
and rambles: “my country, it’s here… in my head…,” we’ll mainly see the
speaker, the face of that man will take up the whole image, and only at the end
of the sequence will we cut to Omar in whom the words of that desperate and
lucid young man still resound.
The archive
footage will chiefly represent the Algerian point of view – fighters halting or
walking rather than pictures of actual fighting. They will not be featured as
objective documents. The Algerian war caused the death of over a million
Algerians, and there were other conflicts before it. The recent bloody decade
also made 200,000 victims. Under Omar’s eyes, it will be as though those dead
came back to life momentarily so that he can be in touch with them while he is
walking across that land. As if, in order to adopt him, the Algerian land
needed that he made his own everything it covered, everything “in its guts”–
all the children the land lost, all those peasant dwellings burnt or deserted
by the war…
I will view
the archives at the Institut National de l’Audiovisuel. I’ll ask them for their
support and collaboration, which will be precious, as for my previous feature
film.
There will
also be sounds – the sound of helicopters, of planes, or bursts of gun fire,
and even sometimes a lone gun shot that will be heard across the virginal
landscape, without our knowing whether it is a memory of the past Algerian war
or the present-day Algerian army tracking down Islamists, or else a hunter in
the underbrush covering the hills.
Sound will
constantly be a very important element in the film since Omar walks in a
slightly hypnotic way, as if blind, and as a blind man, will be all ears. The
sound of a motorcycle running in the distance will for instance bring up the
fresh memory of an older brother’s motorcycle taking Omar as a child to the
banks of the river Mosel, in France, or the sound of a metal chainsaw will
remind him of French factories where Omar worked. Sound will not systematically
correspond with what is on screen and the meaning of a sequence will often
emerge from the friction between image, sound and sometimes the voice-over –
each of these elements being like the particular line of an instrument on an
orchestral score.
We’ll
probably hear some pieces of film music, which will be those that Omar carries
inside him: classic contemporary music such as Arvo Pärt’s when Omar is drowned
in nature, but also jazz music – such as The Art Ensemble of Chicago or Archie
Shepp – when he meets with harragas, those young people wanting to leave, but
where to?
Image will
be more important than word. Rhythmic, visual and sound correspondences – this
work that will be done at the editing stage will express Omar’s hesitation, his
sense of loss, and later the profound joy of reuniting with his kindred.
As we read
earlier, Omar is always on foot. Only once will we see him get out of a car. It
is a yellow taxi that drops his in front of the house turned into a bunker
where he was born, and where he meets his old uncle and aunt. At editing, we’ll
make sure that those yellow taxis driving along the winding roads are felt like
a threat. It is one such vehicle that Omar has seen when he left the port city
at the beginning of the film. It carried a coffin and seemed inhabited by
ghosts. These cars roam around as if looking for him, like predators for their
prey – probably a metaphor of that fear that never lets go of Omar, the fear of
meeting his own people as he gets closer to them, the fear of what that meeting
will cause in him, the fear of dying in the process and being also carried like
a corpse – a fear of stepping “through the looking glass” and not finding the
way back to the life he left behind in France. My editor and I will make it
perceptible through slight touches, so that it only brushes on the viewer’s
mind. However, the viewer will have other reasons to imagine that this journey
is a crossing, a passage to “the land of the dead.” Indeed, upon Omar’s first
visit, the family cemetery is deserted. When he comes back again later, it will
be crowded: his father will be there, and his sister too, a tragic figure
dressed in black, and horsemen as well, dressed as those of Emir Abdelkader,
against entrancing background music. Which side of the mirror will we then be
on?
The narration
borrows from the fairytale. It is the country itself and its history that come
to Omar and unveil to him. Omar is moved around more than he moves himself, as
if that journey was a dream which Amina, the little fairy of tales, has
inspired in him. However, Amina will not be a hieratic character. She will be
very real, laughing, playing like children do, and yet, she will also be the one
watching over Omar’s sleep, bringing him to do what he has not done – visit his
mother’s grave. It is Amina who will put a tortoise in his hand like an
appeasing animal, as if to say: “Go ahead without fear, you are on the right
way.” Amina can also be viewed as the eyes of Algerian nature fondling this
prodigal son returning to her, but also as the eyes of Fatima, the sister whom
we’ll never know whether she is alive or dead.
It is a
story of land. The landscapes where we’ll shoot are located right by the sea.
But we’ll frame them in a way that places the Algerian blue sky and the sea on
the edge or off screen altogether. The sea, which will take up the whole screen
in the opening of the film, will only be seen again at the very end, in the
epilogue. The Algerian nature has “dressed up” to greet her returning son. It
is rugged and beautiful, virginal looking: spreads of wild grass, rocks, trees,
flowers, animals, bathed in the soft spring light. The viewer will be free to
imagine that the shepherd seen catching a lamb to sling it across his shoulders
may be Jason, on his quest of the golden fleece.
THE FOREIGN SON Sélection à Dubai Film Connection
Le Fils Etranger ( sous le titre The Foreign Son) fait partie des quinze projets sélectionnés à la Dubai Film Connection qui aura lieu du 9 au 16 décembre 2012 à Dubai durant l'international film festival.
Libellés :
guerre d'Algérie,
Le fils étranger,
magie,
selections
THE FOREIGN SON extended Synopsis and photos
Extended
Synopsis
We
are in Algeria. Over the image of a deserted cemetery, we hear a woman's voice,
soft and trembling. She recalls a painful childhood event in France, an event
like a nightmare, which her brother Omar freed her from at the time. No sooner
has she named him that the sea cornes into view, with the tiny shape of a ferry
in the distance. On deck is a man, Omar. He looks at the horizon and seems to
hear her voice. His sister "called" him, he is coming, and she knows
that he'll free her again.
Omar,
in his fifties, sets foot again on Algerian soil after a very long absence. In
the Oran harbour, where everything seems familiar yet foreign, a young girl
cornes up to him. She has recognized Omar. He hardly has time to catch sight of
her that she has vanished.
Out
oftown, a path seems set for him, and it is windy. Omar walks on foot and
without luggage. He loses himself between reality and myth in Algerian
landscapes that bring back no memories. His approach sets off clouds ofbrisk
coloured insects as big as birds. Even animals watch him coming. But in the
bright and lush wildemess, which seems virginal, the past of the country lies
heavily. The Algerian land greets her son and breathes dreams into him. Like a
woman, a mother, she unveils herself to him:
"Look at these children l raised and
fed, look at these trees, these fields, these hills which saw you born, look at
these dead that l carry. There are many young men among them. You had
disappeared and l dreamt of your dressed as a partisan like them. Look at this
barbed wire the army spread over the land of your ancestors, forcing them into
exile. Look at this child driven mad by the explosion of an antipersonnel mine.
Look at these peaceful animaIs and go towards the encounters that l offer you
... "
This
strange joumey will lead Omar to a paradoxical meeting with a country he hardly
knows and to intimate reunions.
As
if stepping out of a tale, Amina, the young girl from the harbour, reappears
here and there, superimposed as an image over the red earth. She is his guide
and his protection. Times mingle. Omar gets lost, lets go, finds the trace of
Emir Abdelkader's horsemen, and
of General Lyautey; he walks through hills where Algerian fighters died during
the war of Independence. On the docks of a harbour, he is mistaken for an
emigrant trying to stowaway aboard a cargo ship to escape Algeria at ail cost.
His
sister's voice accompanies him, dropping words along the way that tell the
homesickness of the country she lost - France. Omar walks the land of his birth
as if in a waking dream. He is told about a country emptied of its men, of ail
those who were eaten by France. Omar will have to let himself be carried away,
be un-spelled from that curse that ail exiles hold within them. Seeing him at a
loss, an old wise man will take him un der his protection in a zawiya, and the
spirit of a marabout will free him from that illness which the sheik calls
"father-sickness." It is only after many twists and tums that Omar
genuinely discovers his connection with fellow humans and the warmth of his
own. He finds his sister again, his father, and an uncle and cousins. Ali will
be reunited in the little Sidi Amar cemetery next to Wadi Kiss - the same that
we saw at the beginning of the film, but now crowded with myriads of children,
men, women, horses, musicians, and filled with food to celebrate the union of
the dead and the living.
His
horse loaded and shackled aboard the back of a pickup truck, a patriarch leaves
for exile. He gazes one last time at the hills, the fields, and sees two
children as if out of a folktale, chanting a poem, an ode to earth: We have
been kneaded together and we separated ...
An
unexpected retum of history will complete the meaning of that joumey.
Le fils etranger synopsis court et intention
Note d’intention.
« Tous les chemins sont circulaires et le parcours entrepris ne conduit jamais qu’à soi-même. »
Ibn Arabi
J’aimerais être français originaire d’un pays comme un autre, mais en France, l’Algérie n’est pas un pays comme un autre. J’y suis né, dans la même maison que mon père et mon grand-père, quelques bâtisses en torchis situées au pied d’une colline que domine un ancien fortin militaire. De ce poste, l’armée française surveillait le moindre mouvement aux abords de l’oued Kiss en contrebas qui fait frontière avec le Maroc. J’y suis né du temps où l’Algérie c’était la France. Mes parents y sont retournés définitivement il y a bien longtemps. Leurs corps sont là-bas, à l’étranger, et je reste avec l’idée qu’il y a quelque chose à recoudre, qu’il y a unehistoire d’ici- là-bas à raconter, non pas pour faire quelque leçon que ce soit mais pour éclairer. Le cinéma est une affaire de lumière.
Aujourd’hui la France semble être entrée dans une phase d’amnésie et de déni qui lui interdit de penser les conséquences de la perte de sa grandeur impériale. Nous, français d’origine algérienne, sommes les enfantsd’un Empire longtemps magnifié par la France. Nous sommes, comme l’a écrit Gramsci, le produit d’un processus historique qui a laissé en nous une infinité de traces reçues sans bénéfice d’inventaire. Le Chemin Noir, mon premier long-métrage, relevait déjà de cet inventaire.
En puisant à nouveau pour Le fils étranger au plus profond de ce qui me fait algérien et français, je creuse le même sillon tracé par mon film précédent, une voie cinématographique en bordure du champ politique. Jevoudrais qu’à nouveau, le cinéma s’empare d’éléments de l’Histoire, qu’il les mêle au réel et à la fiction pour raconter une histoire qui nous parle aujourd’hui. Pour un exilé volontaire ou forcé, le voyage au pays de naissance n'est pas un déplacement des plus simples, ce n'est pas du tourisme; il lui faut s'arracher pour traverser. J'ai des amis marocains, grecs, turcs, portugais, syriens, et autres... pour qui c'est de même. L’Algérie dans Le fils étranger sera hantée par la France. Ce sera d’une certaine manière un autre côté du miroir, comme un écho de la France que l’Algérie hantait dans mon premier long-métrage; je parcourais alors des territoires familiers, les lieux de mon enfance dans les vallées sidérurgiques de Moselle.
Le film qui s’écrit aujourd’hui laissera davantage place à l’inconnu, à la découverte avec ce que cela peut avoir de déroutant, mais aussi de bouleversant. Il conjuguera la réalité algérienne d’aujourd’hui avec un dialogue intérieur avec le passé et aussi avec des irruptions de l’Histoire algérienne que révèleront des images d'archives. Les réminiscences intimes se télescoperont avec le réel qui s'offre. La quête du fils étranger fera surgir des questions, celles qui m'habitent maintenant que j'ai de grands enfants et que je sais qu'ils n'ont presque pas connu leurs grands parents algériens et si peu l'Algérie. Pendant des années, je n'ai fait que reporter et reporter encore, avec les meilleures raisons, on en trouve toujours,le moment de faire une visite au pays natal, à ma mère, mon père, aux frères et sœurs de là-bas. Pourquoi? Je ne saurais le dire.
En 1987, je suis retourné visiter mes parents en Algérie après une parenthèse de quinze ans sans les voir. Ils n'étaient pas prévenus de ce voyage. Mokhtar, l’un de mes frères d'Algérie m'a prêté sa voiture pour aller d'Oran jusque chez eux. Quand ma mère a vu la 204 Peugeot s'arrêter devant sa maison, elle a pensé que c'était son fils Mokhtar qui venait chez elle, puis me voyant, elle ne m'a pas reconnu et avant de dire mon prénom - quinze années d'absence, c'est long! - elle a dit l'un après l'autre les prénoms de mes trois autres frères. Et quand elle a dit le mien, il s'est passé entre elle et moi ce que seul le cinéma peut rendre : cette seconde qui dure et dure et dure ... une éternité. Et pourtant, j'étais attendu puisque mes sœurs et ma mère m'ont révélé que la veille de ce jour, une jeune fille était venue demander de mes nouvelles. Alors que j'étais en pleine mer Méditerranée, quelqu'un que je ne connaissais pas savait que j'arrivais. Cette jeune fille, on la nomme « l'orpheline » dans la région de M'Sirda. Personne ne sait vraiment d'où elle vient. On lui donne à manger quand elle frappe à la porte, on écoute le peu qu’elle dit et on ne sait où elle est partie quand soudain elle disparaît. On dit aussi
qu'on la reconnaît à sa main droite qui a six doigts. Mon court séjour d’alors en Algérie s’est déroulé entièrement sous le signe du merveilleux, à fleur de peau. J’étais dans la lumière de l’île de naissance où on dit « Que Dieu garde ton ombre. »
Que sais-je du pays où je suis né ? Que sait du pays de ses parents un Algérien de France ? Franco-Algériens mais aussi Algériens d’Algérie, nous sommes tous comme perdus dans un labyrinthe. Qu’est-ce qu’être Algérien ? D’où venons-nous ? L’histoire de l’Algérie a été masquée, faussée, piétinée par la colonisation. Elle a ensuite été expurgée par le Pouvoir en Algérie algérienne et mise sous un gros caillou. Comme Thésée qui devait soulever la roche sous laquelle se trouvaient sandales en or et glaive qui lui permettraient de se faire reconnaître, nous devons remettre en lumière notre héritage pour pouvoir nous envisager un avenir. Ce que nous savons est un grand tissu plein de trous. C’est ce voile déchiré que Le fils étranger voudrait recoudre, ces grands pans de vide, ces trous de mémoire entre France et Algérie que le film veut visiter. J’ai retrouvé des photos d’un campement de soldats de Lyautey, à deux pas de là où je suis né. Parmi cette population que le futur Maréchal a rassemblée et à qui il s’est adressé en 1902, il y avait mes aïeux. Peut-être est-ce eux, habillés comme les cavaliers de l’Emir Abdelkader qui à cheval longent l’oued Kiss sur une autre photo prise à l’aube du XXème siècle.
Bien autre chose qu’un film de scénario, Le fils étranger est un film de sensations, il mêle de l’intime, du social, de l’historique, du poétique de façon impressionniste. Il imbriquera réel, archives et onirique dans un même fil narratif. Les mots seront rares et le rythme calme.
Le fil conducteur est un personnage de fiction, Omar, c’est lui le voyageur sans bagages. À suivre son parcours erratique, le spectateur pourrait être aussi perdu que le personnage, mais la voix-off d’Omar en contrepoint de celle de sa sœur Fatima dira des réminiscences, de petites choses implicites qui seront autant de clés de compréhension de l’histoire familiale de cet homme, de ce que peut-être il trouvera en Algérie. On apprendra que Omar n’est pas revenu au pays natal depuis deux décennies, qu’il doute même de savoir parler encore l’arabe algérien, qu’il a reçu la nouvelle de la mort de sa mère par le téléphone en France et que cela ne l’a malgré tout pas décidé à faire le pas, à briser ce mur invisible qui le sépare de l’Algérie. Omar ne sait si son père le reconnaîtra, pas plus qu’il ne sait s’il le reconnaîtra lui-même. Il se souvient de ce que lui avait dit le vieil homme de passage en France, il y a bien longtemps : « A te voir dans la rue, les gens pourraient penser que tu es trop Français pour être mon fils. Mais ta mère et moi savons que tu n’es pas un gaouri . Tu es un Arabe bien sûr… Tu es notre fils... et pourtant ... ». C’est sans doute ce « et pourtant » comme un « tu es mais tu n’es pas » qui occupe l’esprit de Omar alors qu’il chemine à la recherche de … Mais que cherche-t-il ? La maison natale bien sûr, tout semble y mener. Mais est-ce vraiment cela ? Est-ce son père ou sa sœur qu’Omar vient voir en chair et en os ?
Cet étrange voyage, ne serait-ce pas la seule manière pour lui de regagner sa part algérienne, de redevenir un « enfant du pays »? Le film sera concret, même si parfois le spectateur verra des choses qui pourraient s’apparenter à des « apparitions ». Nous nous serons simplement comme glissés dans la tête de Omar, cet homme dont nous suivons
le cheminement, pour deviner ce que son visage ne peut exprimer, ce trouble que provoque en lui l’acte de marcher sur la terre où il est né, de baigner dans la langue que tout petit, on lui a glissé à l’oreille. Fatima, sa sœur l’aura fait revenir en Algérie comme par enchantement et Amina, une jeune fille providentielle qui semble sortie d’un conte, sera là pour le guider et parfois l’accompagner dans son avancée. Elle est comme les yeux de Fatima, cette sœur qu’on ne verra qu’à la toute fin du film. Mais cette sœur est-elle vivante ?
L’Algérie est le personnage principal du «Fils étranger». Malgré la longue histoire qui la lie à la France, elle reste dans l’imaginaire du spectateur français un territoire obscur avec de-ci de-là en filigrane, un chameau, la silhouette d’un berbère, un homme bleu, une rose des sables, un islamiste égorgeur… Alors qu’on pense ne plus pouvoir trouver de terra incognita, cet espace algérien qui devrait être facilement appréhendable devient de plus en plus une zone d’ombre pour notre compréhension.
L’Algérie est un lieu de conte. L’espace y est « habité ». La magicienne Circé était dans ces paysages, Hérodote les a décrits, Ulysse y a marché, le géant Atlas y est devenu montagne. Pour Omar, c’est vertigineux d’être là. Il n’a que quelques bribes de souvenirs d’enfance. Il est sur une terre qui n'a existé jusqu'alors que dans sa tête, un territoire que l'absence et la distance ont mythifié et rendu un peu effrayant. Il lui faudra faire concorder pays imaginaire et pays réel pour pouvoir embrasser langue, couleurs, rythme, rituels, toutes ces choses qu’il connaît par cœur sans les connaître du tout, ces vieilles choses de bien avant lui qui le traversent.
En déroulant cette histoire dont l’enjeu est la question du « territoire », je cherche à embrasser avec tous les moyens du cinéma et avec le plus de sensibilité possible la complexité des liens entre France et Algérie. Et pour cela, c’est une forme singulière ni vraiment documentaire, ni vraiment fiction qu’il m’intéresse de trouver.
Dans le synopsis qui suit et qui ne peut qu’être approximatif, j’espère que les mots ne rendront pas trop lisses les surfaces troubles que je veux explorer et qu’ils ne limiteront pas le sens à ce qu’ils disent. À tout instant je suis dominé par la pensée qu’il y a là, dans Le fils étranger bien plus qu’une aventure personnelle. Et si j’ai le désir de cette immersion dans le pays où je suis né, c’est moins pour traiter un sujet que pour tenter de saisir ce que la recherche de l’étranger en soi peut nous révéler de nous-mêmes.
Aujourd’hui la France semble être entrée dans une phase d’amnésie et de déni qui lui interdit de penser les conséquences de la perte de sa grandeur impériale. Nous, français d’origine algérienne, sommes les enfantsd’un Empire longtemps magnifié par la France. Nous sommes, comme l’a écrit Gramsci, le produit d’un processus historique qui a laissé en nous une infinité de traces reçues sans bénéfice d’inventaire. Le Chemin Noir, mon premier long-métrage, relevait déjà de cet inventaire.
En puisant à nouveau pour Le fils étranger au plus profond de ce qui me fait algérien et français, je creuse le même sillon tracé par mon film précédent, une voie cinématographique en bordure du champ politique. Jevoudrais qu’à nouveau, le cinéma s’empare d’éléments de l’Histoire, qu’il les mêle au réel et à la fiction pour raconter une histoire qui nous parle aujourd’hui. Pour un exilé volontaire ou forcé, le voyage au pays de naissance n'est pas un déplacement des plus simples, ce n'est pas du tourisme; il lui faut s'arracher pour traverser. J'ai des amis marocains, grecs, turcs, portugais, syriens, et autres... pour qui c'est de même. L’Algérie dans Le fils étranger sera hantée par la France. Ce sera d’une certaine manière un autre côté du miroir, comme un écho de la France que l’Algérie hantait dans mon premier long-métrage; je parcourais alors des territoires familiers, les lieux de mon enfance dans les vallées sidérurgiques de Moselle.
Le film qui s’écrit aujourd’hui laissera davantage place à l’inconnu, à la découverte avec ce que cela peut avoir de déroutant, mais aussi de bouleversant. Il conjuguera la réalité algérienne d’aujourd’hui avec un dialogue intérieur avec le passé et aussi avec des irruptions de l’Histoire algérienne que révèleront des images d'archives. Les réminiscences intimes se télescoperont avec le réel qui s'offre. La quête du fils étranger fera surgir des questions, celles qui m'habitent maintenant que j'ai de grands enfants et que je sais qu'ils n'ont presque pas connu leurs grands parents algériens et si peu l'Algérie. Pendant des années, je n'ai fait que reporter et reporter encore, avec les meilleures raisons, on en trouve toujours,le moment de faire une visite au pays natal, à ma mère, mon père, aux frères et sœurs de là-bas. Pourquoi? Je ne saurais le dire.
En 1987, je suis retourné visiter mes parents en Algérie après une parenthèse de quinze ans sans les voir. Ils n'étaient pas prévenus de ce voyage. Mokhtar, l’un de mes frères d'Algérie m'a prêté sa voiture pour aller d'Oran jusque chez eux. Quand ma mère a vu la 204 Peugeot s'arrêter devant sa maison, elle a pensé que c'était son fils Mokhtar qui venait chez elle, puis me voyant, elle ne m'a pas reconnu et avant de dire mon prénom - quinze années d'absence, c'est long! - elle a dit l'un après l'autre les prénoms de mes trois autres frères. Et quand elle a dit le mien, il s'est passé entre elle et moi ce que seul le cinéma peut rendre : cette seconde qui dure et dure et dure ... une éternité. Et pourtant, j'étais attendu puisque mes sœurs et ma mère m'ont révélé que la veille de ce jour, une jeune fille était venue demander de mes nouvelles. Alors que j'étais en pleine mer Méditerranée, quelqu'un que je ne connaissais pas savait que j'arrivais. Cette jeune fille, on la nomme « l'orpheline » dans la région de M'Sirda. Personne ne sait vraiment d'où elle vient. On lui donne à manger quand elle frappe à la porte, on écoute le peu qu’elle dit et on ne sait où elle est partie quand soudain elle disparaît. On dit aussi
qu'on la reconnaît à sa main droite qui a six doigts. Mon court séjour d’alors en Algérie s’est déroulé entièrement sous le signe du merveilleux, à fleur de peau. J’étais dans la lumière de l’île de naissance où on dit « Que Dieu garde ton ombre. »
Que sais-je du pays où je suis né ? Que sait du pays de ses parents un Algérien de France ? Franco-Algériens mais aussi Algériens d’Algérie, nous sommes tous comme perdus dans un labyrinthe. Qu’est-ce qu’être Algérien ? D’où venons-nous ? L’histoire de l’Algérie a été masquée, faussée, piétinée par la colonisation. Elle a ensuite été expurgée par le Pouvoir en Algérie algérienne et mise sous un gros caillou. Comme Thésée qui devait soulever la roche sous laquelle se trouvaient sandales en or et glaive qui lui permettraient de se faire reconnaître, nous devons remettre en lumière notre héritage pour pouvoir nous envisager un avenir. Ce que nous savons est un grand tissu plein de trous. C’est ce voile déchiré que Le fils étranger voudrait recoudre, ces grands pans de vide, ces trous de mémoire entre France et Algérie que le film veut visiter. J’ai retrouvé des photos d’un campement de soldats de Lyautey, à deux pas de là où je suis né. Parmi cette population que le futur Maréchal a rassemblée et à qui il s’est adressé en 1902, il y avait mes aïeux. Peut-être est-ce eux, habillés comme les cavaliers de l’Emir Abdelkader qui à cheval longent l’oued Kiss sur une autre photo prise à l’aube du XXème siècle.
Bien autre chose qu’un film de scénario, Le fils étranger est un film de sensations, il mêle de l’intime, du social, de l’historique, du poétique de façon impressionniste. Il imbriquera réel, archives et onirique dans un même fil narratif. Les mots seront rares et le rythme calme.
Le fil conducteur est un personnage de fiction, Omar, c’est lui le voyageur sans bagages. À suivre son parcours erratique, le spectateur pourrait être aussi perdu que le personnage, mais la voix-off d’Omar en contrepoint de celle de sa sœur Fatima dira des réminiscences, de petites choses implicites qui seront autant de clés de compréhension de l’histoire familiale de cet homme, de ce que peut-être il trouvera en Algérie. On apprendra que Omar n’est pas revenu au pays natal depuis deux décennies, qu’il doute même de savoir parler encore l’arabe algérien, qu’il a reçu la nouvelle de la mort de sa mère par le téléphone en France et que cela ne l’a malgré tout pas décidé à faire le pas, à briser ce mur invisible qui le sépare de l’Algérie. Omar ne sait si son père le reconnaîtra, pas plus qu’il ne sait s’il le reconnaîtra lui-même. Il se souvient de ce que lui avait dit le vieil homme de passage en France, il y a bien longtemps : « A te voir dans la rue, les gens pourraient penser que tu es trop Français pour être mon fils. Mais ta mère et moi savons que tu n’es pas un gaouri . Tu es un Arabe bien sûr… Tu es notre fils... et pourtant ... ». C’est sans doute ce « et pourtant » comme un « tu es mais tu n’es pas » qui occupe l’esprit de Omar alors qu’il chemine à la recherche de … Mais que cherche-t-il ? La maison natale bien sûr, tout semble y mener. Mais est-ce vraiment cela ? Est-ce son père ou sa sœur qu’Omar vient voir en chair et en os ?
Cet étrange voyage, ne serait-ce pas la seule manière pour lui de regagner sa part algérienne, de redevenir un « enfant du pays »? Le film sera concret, même si parfois le spectateur verra des choses qui pourraient s’apparenter à des « apparitions ». Nous nous serons simplement comme glissés dans la tête de Omar, cet homme dont nous suivons
le cheminement, pour deviner ce que son visage ne peut exprimer, ce trouble que provoque en lui l’acte de marcher sur la terre où il est né, de baigner dans la langue que tout petit, on lui a glissé à l’oreille. Fatima, sa sœur l’aura fait revenir en Algérie comme par enchantement et Amina, une jeune fille providentielle qui semble sortie d’un conte, sera là pour le guider et parfois l’accompagner dans son avancée. Elle est comme les yeux de Fatima, cette sœur qu’on ne verra qu’à la toute fin du film. Mais cette sœur est-elle vivante ?
L’Algérie est le personnage principal du «Fils étranger». Malgré la longue histoire qui la lie à la France, elle reste dans l’imaginaire du spectateur français un territoire obscur avec de-ci de-là en filigrane, un chameau, la silhouette d’un berbère, un homme bleu, une rose des sables, un islamiste égorgeur… Alors qu’on pense ne plus pouvoir trouver de terra incognita, cet espace algérien qui devrait être facilement appréhendable devient de plus en plus une zone d’ombre pour notre compréhension.
L’Algérie est un lieu de conte. L’espace y est « habité ». La magicienne Circé était dans ces paysages, Hérodote les a décrits, Ulysse y a marché, le géant Atlas y est devenu montagne. Pour Omar, c’est vertigineux d’être là. Il n’a que quelques bribes de souvenirs d’enfance. Il est sur une terre qui n'a existé jusqu'alors que dans sa tête, un territoire que l'absence et la distance ont mythifié et rendu un peu effrayant. Il lui faudra faire concorder pays imaginaire et pays réel pour pouvoir embrasser langue, couleurs, rythme, rituels, toutes ces choses qu’il connaît par cœur sans les connaître du tout, ces vieilles choses de bien avant lui qui le traversent.
En déroulant cette histoire dont l’enjeu est la question du « territoire », je cherche à embrasser avec tous les moyens du cinéma et avec le plus de sensibilité possible la complexité des liens entre France et Algérie. Et pour cela, c’est une forme singulière ni vraiment documentaire, ni vraiment fiction qu’il m’intéresse de trouver.
Dans le synopsis qui suit et qui ne peut qu’être approximatif, j’espère que les mots ne rendront pas trop lisses les surfaces troubles que je veux explorer et qu’ils ne limiteront pas le sens à ce qu’ils disent. À tout instant je suis dominé par la pensée qu’il y a là, dans Le fils étranger bien plus qu’une aventure personnelle. Et si j’ai le désir de cette immersion dans le pays où je suis né, c’est moins pour traiter un sujet que pour tenter de saisir ce que la recherche de l’étranger en soi peut nous révéler de nous-mêmes.
Le Fils Etranger raconté en quelques mots.
Nous sommes en Algérie. Sur l’image d’un cimetière désert, on entend une voix de femme, douce, tremblante. Elle évoque un moment douloureux de son enfance en France, un moment qui ressemble à un cauchemar dont l’a libéré autrefois Omar, son frère. À peine a-t-elle nommé celui-ci qu’on voit la mer sur laquelle pointe la silhouette d’un ferry. Sur le ponton un homme, c’est Omar. Il regarde l’horizon et semble entendre la voix. Sa sœur l’a “appelé”, il arrive, elle sait qu’il va la libérer. Omar, la cinquantaine, va remettre le pied sur le sol algérien après une très longue absence.
Dans le port d’Oran où tout lui semble étrange et pourtant si familier, une jeune fille se présente à lui, elle le reconnaît. Il a à peine le temps de la voir qu’elle a disparu.
Hors la ville, un chemin semble tracé pour lui, il s’avèrera tortueux. Omar avance à pied et sans aucun bagage, il va se perdre entre vrai et merveilleux dans les paysages algériens dont il n’a aucun souvenir, il débusquera des nuées d’insectes colorés vifs et grands comme des oiseaux. Même les animaux seront là à guetter son passage. Mais dans cette nature qui est verdoyante, lumineuse et qui semble vierge, le passé du pays est là, qui pèse.
La terre algérienne accueille son fils et produit chez lui des rêves. Comme une femme, une mère, elle se dévoile à lui : « regarde ces enfants que j’ai élevés et nourris, ces arbres, ces champs ces collines qui t’ont vu naître, regarde ces morts que je porte. Il y a parmi eux beaucoup de jeunes gens. Tu avais disparu et je t’ai rêvé mort en habit de maquisard comme eux. Regarde ces barbelés dont l’armée a recouvert les terres de tes aïeux et les a forcés à l’exil. Regarde cet enfant à qui l’explosion d’une mine anti personnelle a fait perdre l’esprit. Regarde ces animaux paisibles et va vers ces rencontres que je t’offre…»
Comme sortie d’un conte, Amina, la jeune fille du port, lui réapparaîtra posée ici et là comme une image sur la terre rouge. Elle est son guide et sa protection. Les temps se mêleront. Omar se perdra, s’abandonnera, il retrouvera la trace des cavaliers de l'Emir Abdelkader, de Lyautey aussi ; il marchera sur les collines où sont morts des combattants algériens de la guerre d’indépendance, il sera pris dans un port pour un clandestin qui veut s'embarquer dans la soute d'un de ces cargos face à lui pour fuir l'Algérie à tout prix.
La voix de la sœur l’accompagnera en égrenant de-ci de-là les mots qui disent la douleur d'un pays perdu pour elle, la France. Omar arpentera sa terre de naissance comme dans un rêve éveillé. On lui parlera du pays vidé de ses hommes, de tous ceux que la France a mangés. Omar devra se laisser porter, se laisser désenvoûter de cette malédiction que tous les exilés portent en eux. Un vieux sage voyant le désarroi dans lequel il est, le prendra sous sa protection dans une zaouia, et c’est l’esprit d’un marabout qui lui enlèvera ce mal que le cheikh nomme le mal de père. Ce n’est qu’après tours et détours qu’Omar trouvera véritablement le contact avec les humains et la chaleur des siens. Il retrouvera sa sœur, son père et aussi un oncle et des cousins. Tous seront réunis dans le petit cimetière de Sidi Amar au bord de l’oued Kiss - le même que nous avons vu au début du film, mais il y aura foule, une nuée d’enfants, d’hommes, de femmes, de chevaux, de la nourriture et des musiciens pour une célébration de l’union des morts et des vivants. Mais Omar de quel côté est-il ?
Son cheval chargé et entravé sur le plateau d’une camionnette, un patriarche partira comme pour l’exil, il regardera une dernière fois les collines, les champs et y verra deux enfants comme sortis d’un conte et qui déclament un poème, une ode à la terre : nous avons été pétris ensemble et nous nous sommes séparés…
Hors la ville, un chemin semble tracé pour lui, il s’avèrera tortueux. Omar avance à pied et sans aucun bagage, il va se perdre entre vrai et merveilleux dans les paysages algériens dont il n’a aucun souvenir, il débusquera des nuées d’insectes colorés vifs et grands comme des oiseaux. Même les animaux seront là à guetter son passage. Mais dans cette nature qui est verdoyante, lumineuse et qui semble vierge, le passé du pays est là, qui pèse.
La terre algérienne accueille son fils et produit chez lui des rêves. Comme une femme, une mère, elle se dévoile à lui : « regarde ces enfants que j’ai élevés et nourris, ces arbres, ces champs ces collines qui t’ont vu naître, regarde ces morts que je porte. Il y a parmi eux beaucoup de jeunes gens. Tu avais disparu et je t’ai rêvé mort en habit de maquisard comme eux. Regarde ces barbelés dont l’armée a recouvert les terres de tes aïeux et les a forcés à l’exil. Regarde cet enfant à qui l’explosion d’une mine anti personnelle a fait perdre l’esprit. Regarde ces animaux paisibles et va vers ces rencontres que je t’offre…»
Comme sortie d’un conte, Amina, la jeune fille du port, lui réapparaîtra posée ici et là comme une image sur la terre rouge. Elle est son guide et sa protection. Les temps se mêleront. Omar se perdra, s’abandonnera, il retrouvera la trace des cavaliers de l'Emir Abdelkader, de Lyautey aussi ; il marchera sur les collines où sont morts des combattants algériens de la guerre d’indépendance, il sera pris dans un port pour un clandestin qui veut s'embarquer dans la soute d'un de ces cargos face à lui pour fuir l'Algérie à tout prix.
La voix de la sœur l’accompagnera en égrenant de-ci de-là les mots qui disent la douleur d'un pays perdu pour elle, la France. Omar arpentera sa terre de naissance comme dans un rêve éveillé. On lui parlera du pays vidé de ses hommes, de tous ceux que la France a mangés. Omar devra se laisser porter, se laisser désenvoûter de cette malédiction que tous les exilés portent en eux. Un vieux sage voyant le désarroi dans lequel il est, le prendra sous sa protection dans une zaouia, et c’est l’esprit d’un marabout qui lui enlèvera ce mal que le cheikh nomme le mal de père. Ce n’est qu’après tours et détours qu’Omar trouvera véritablement le contact avec les humains et la chaleur des siens. Il retrouvera sa sœur, son père et aussi un oncle et des cousins. Tous seront réunis dans le petit cimetière de Sidi Amar au bord de l’oued Kiss - le même que nous avons vu au début du film, mais il y aura foule, une nuée d’enfants, d’hommes, de femmes, de chevaux, de la nourriture et des musiciens pour une célébration de l’union des morts et des vivants. Mais Omar de quel côté est-il ?
Son cheval chargé et entravé sur le plateau d’une camionnette, un patriarche partira comme pour l’exil, il regardera une dernière fois les collines, les champs et y verra deux enfants comme sortis d’un conte et qui déclament un poème, une ode à la terre : nous avons été pétris ensemble et nous nous sommes séparés…
Un retour inattendu de l’Histoire finira de donner un sens à cette traversée.
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résumé
il court il court Le Chemin Noir.
Le Chemin noir est toujours en salles, il a été projeté le 26 Novembre au TAP Cinéma à poitiers.
Il a fait un passage ensuite en cinéma nomade dans le parc du Livradois Forez à Billom, Vic le Comte, Saulxillanges et Cunlhat fin novembre et début décembre 2012.
La version sous titrée en anglais ( the Dark Path) est sur le site de Festival scope: https://www.festivalscope.com/film/the-dark-path
et sera présentée au FILMMART du Dubai International Film Festival: http://www.dubaifilmfest.com/en/industry/
Le 25 janvier 2013 Le Chemin noir sera projeté au festival du film arabe de Cherbourg, projection suivie d'une rencontre.
La première semaine de fevrier 2013, projection et rencontre avec les étudiants du Grinnell Collège à Grinnell dans l'état de l'Iowa aux Etats Unis.
Il a fait un passage ensuite en cinéma nomade dans le parc du Livradois Forez à Billom, Vic le Comte, Saulxillanges et Cunlhat fin novembre et début décembre 2012.
La version sous titrée en anglais ( the Dark Path) est sur le site de Festival scope: https://www.festivalscope.com/film/the-dark-path
et sera présentée au FILMMART du Dubai International Film Festival: http://www.dubaifilmfest.com/en/industry/
Le 25 janvier 2013 Le Chemin noir sera projeté au festival du film arabe de Cherbourg, projection suivie d'une rencontre.
La première semaine de fevrier 2013, projection et rencontre avec les étudiants du Grinnell Collège à Grinnell dans l'état de l'Iowa aux Etats Unis.
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